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Les Felixstowe F.3 et F.5 sont des hydravions à coque biplans et bimoteurs britanniques conçus pendant la Première Guerre mondiale par le Lieutenant Commander John Cyril Porte, de la Royal Navy, à la station aéronavale de Felixstowe, dans le Suffolk (rebaptisée Seaplane Experimental Station en 1918). Le F.3, qui vola pour la première fois en février 1917, fut le plus nombreux des hydravions Felixstowe et effectua des patrouilles anti-sous-marines au-dessus de la mer du Nord et de la Méditerranée durant la dernière année du conflit. Le F.5, qui devait réunir les meilleures qualités du F.2A et du F.3, arriva trop tard pour être engagé en opérations, mais devint l'hydravion standard de la Royal Air Force jusqu'en 1925. Construit sous licence aux États-Unis (sous la désignation F5L) et au Japon, il fut le dernier des hydravions biplans de Porte et une étape importante dans l'évolution de l'hydravion militaire.
Origines
Les hydravions Felixstowe descendent directement du Curtiss America (H-1), un hydravion à coque biplan et bimoteur construit en 1914 par Glenn Curtiss pour tenter la traversée de l'Atlantique, et dont Porte devait être le pilote. Au déclenchement de la guerre, Porte rentra en Grande-Bretagne, réintégra la Royal Navy et reçut le commandement de la station aéronavale de Felixstowe. Il convainquit l'Amirauté d'acheter les deux prototypes America ainsi qu'une série de Curtiss H-4 similaires, premiers grands hydravions à coque en service britannique. Ces appareils volaient bien, mais leurs coques étaient trop fragiles pour les eaux agitées de la mer du Nord ; Porte et son équipe conçurent donc de nouvelles coques, plus robustes et aux qualités hydrodynamiques supérieures. Associée à la voilure d'un H-4, la première d'entre elles donna le Felixstowe F.1 ; une coque plus grande, mariée aux surfaces portantes du Curtiss H-12, donna ensuite le Felixstowe F.2, produit en série sous la désignation F.2A. Le F.2A se comportait aussi bien en vol que les Curtiss et bien mieux sur l'eau, mais sa charge offensive se limitait à deux bombes de 230 lb (104 kg).
Felixstowe F.3
Le F.3 fut le premier membre de la famille à ne pas dériver directement d'un modèle Curtiss. Développement plus grand et plus lourd du F.2A, il possédait une envergure accrue et une coque allongée, ce qui lui conférait un plus grand rayon d'action et une charge de bombes doublée (quatre bombes de 230 lb). Ayant conservé les mêmes moteurs, il payait ce gain de taille par une vitesse plus faible et une maniabilité moindre, ce qui le rendait moins apte que le F.2A à affronter les Zeppelin et les hydravions ennemis. Une nouvelle méthode de construction du fond de coque fut par ailleurs introduite, mais elle se révéla décevante et rendait la coque plus sujette aux voies d'eau.
Le prototype (N64) effectua son premier vol en février 1917, propulsé par deux moteurs Sunbeam Cossack de 320 ch (239 kW). D'importantes commandes suivirent, les appareils de série recevant des Rolls-Royce Eagle VIII de 345 ch (257 kW). Comme pour le F.2A, la production fut répartie entre plusieurs firmes, dont Short Brothers, Dick, Kerr & Co. et la Phoenix Dynamo Manufacturing Company, tandis que 18 exemplaires furent construits par le Dockyard Constructional Unit de Malte. Les coques en bois étaient souvent réalisées par des chantiers navals de la côte est-anglienne, comme les Rowhedge Ironworks, Aldous à Brightlingsea ou Rennie Forrestt à Wivenhoe, les ailes et les empennages provenant de sous-traitants aéronautiques, principalement dans les Midlands. Une centaine de F.3 avaient été livrés à l'Armistice ; les chiffres de production totale varient selon les sources, de 182 à plus de 260 exemplaires.
Felixstowe F.5
Le F.5 devait réunir la charge utile et le rayon d'action du F.3 avec la maniabilité et les performances du F.2A. Le prototype (N90), construit à Felixstowe, vola en novembre 1917 (certaines sources indiquent mai 1918). Il possédait une coque à deux redans légèrement plus haute, une voilure entièrement nouvelle de plus grande envergure et un poste de pilotage ouvert, et se révéla supérieur à ses prédécesseurs lors des essais. Le gain ne fut toutefois pas jugé suffisant pour justifier le coût d'un changement aussi important sur les chaînes de production, et l'appareil fut revu pour utiliser le plus grand nombre possible d'éléments du F.3, notamment une voilure de F.3 à peine modifiée. Le F.5 de série introduisit néanmoins un revêtement en contreplaqué sur la partie supérieure de la coque, à la place de la toile enduite des modèles précédents. Il en résulta un appareil dont la vitesse maximale et le plafond étaient inférieurs à ceux du F.2A et du F.3, mais à l'endurance accrue et au bon comportement en vol comme sur l'eau. Une pénurie de moteurs Eagle VIII obligea à équiper certains exemplaires de l'Eagle VII de 325 ch, au prix d'une nouvelle baisse de performances.
Le F.5 fut lui aussi construit par plusieurs sous-traitants, dont Short Brothers, Dick, Kerr & Co., Phoenix Dynamo et la Gosport Aircraft Company, avec la participation de S.E. Saunders et de l'Aircraft Manufacturing Company, Boulton & Paul produisant des coques ; environ 160 exemplaires furent achevés.
Felixstowe F5L
L'US Navy s'intéressait au F.5, mais souhaitait une version adaptée aux méthodes de production et aux moteurs américains. Les plans parvinrent à la Naval Aircraft Factory (NAF) de Philadelphie en mars 1918 et l'appareil fut aussitôt remanié : les Rolls-Royce Eagle furent remplacés par des moteurs américains Liberty 12A (330 ch au départ, puis 400 ch), la coque fut renforcée par un revêtement en placage de bois au lieu de la toile enduite, l'aérodynamique fut améliorée et une double commande installée. Le prototype F5L vola le 15 juillet 1918, quatre mois seulement après la réception des plans. Au total, 227 exemplaires furent construits : 137 par la NAF, 60 par Curtiss et 30 par Canadian Aeroplanes Limited à Toronto. Bien que souvent appelé abusivement Curtiss F5L, l'appareil fut donc construit majoritairement par la NAF. En 1919, la NAF construisit deux F6L dotés d'un empennage agrandi, qui fut ensuite adopté rétroactivement sur les F5L en service ; en 1922, le F5L fut redésigné PN-5 et le F6L devint le PN-6, point de départ de la longue série des Naval Aircraft Factory PN.
Première Guerre mondiale
Le F.3 entra en service au début de 1918 et opéra aux côtés du F.2A depuis Felixstowe, Great Yarmouth, Killingholme, Cattewater, Dundee, Scapa Flow et Catfirth, dans les îles Shetland. Contrairement au F.2A, il fut également déployé outre-mer et très demandé en Méditerranée. Sa mission principale était la patrouille anti-sous-marine, pour laquelle sa charge de bombes accrue était particulièrement précieuse. Depuis les stations de la côte est, les hydravions parcouraient la « toile d'araignée » (Spider Web), un circuit de patrouille octogonal centré sur le bateau-feu du North Hinder, couvrant les eaux que presque tous les U-Boote devaient franchir pour gagner leurs zones d'opérations. Bien qu'aucun sous-marin n'ait été coulé par les seuls hydravions durant cette période, ces patrouilles incessantes contraignirent de nombreux U-Boote à traverser la zone en plongée, perturbèrent leur transit et réduisirent leur temps de présence en zone. Le F.3 était moins apprécié de ses équipages que le F.2A, plus maniable. Un F.3 basé à Malte participa à l'attaque alliée contre le port albanais de Durazzo le 2 octobre 1918. L'appareil servit aussi à l'essai d'un des premiers dispositifs d'atterrissage automatique et de commandes servo-assistées. Le F.3 fut déclaré obsolète en septembre 1921.
Le F.5 n'entra pas en service opérationnel avant la fin de la guerre.
Royal Air Force après la guerre
Après l'Armistice, le F.5 remplaça les Felixstowe plus anciens et les hydravions Curtiss pour devenir l'hydravion standard de la RAF. À l'été 1919, un des premiers exemplaires de série, le N4044, effectua une tournée de démonstration en Scandinavie, parcourant 2.450 milles (3.943 km) en 27 jours et rentrant à Felixstowe parfaitement en état de vol ; son arrivée à Kristiania (Oslo) en juillet 1919 fut filmée. Le F.5 resta en première ligne jusqu'à son remplacement par le Supermarine Southampton à partir d'août 1925 et servit aussi à la formation des équipages d'hydravions à Calshot.
Le F.5 servit de banc d'essai pour de nouveaux concepts de coques. En 1922, S.E. Saunders fut chargé de construire une coque en bois ventilée à « fond creux », montée sur le N178 et livrée au Marine Aircraft Experimental Establishment en septembre 1924 ; les essais furent de courte durée et l'appareil fut démoli en 1925. Parallèlement, Short Brothers réalisa une coque entièrement métallique en duralumin, matériau alors peu éprouvé, dérivée du Short Silver Streak. Équipé de la voilure et des empennages du F.5, cet appareil (N177, connu sous le nom de Short S.2) vola le 5 janvier 1925 et subit à Felixstowe des essais sévères, dont des chutes sur l'eau en décrochage depuis 9 m (30 ft). Il résista à toutes les épreuves et ne présentait, au bout d'un an, qu'une corrosion négligeable. L'expérience vint à bout des réticences officielles envers les coques métalliques, conduisit à la commande du prototype du Short Singapore, et tous les hydravions Short furent dès lors de construction métallique.
Canada
Plusieurs F.3 furent offerts au Canada en 1919 dans le cadre du « Don impérial » (Imperial Gift). En octobre 1920, le Canadian Air Board organisa la première traversée aérienne du Canada afin d'évaluer la faisabilité de futurs services postaux et de transport de passagers ; l'étape de Rivière-du-Loup à Winnipeg fut effectuée par le Lieutenant-colonel Robert Leckie et le Major Basil Hobbs à bord d'un F.3. Six F.3 servirent au sein du Canadian Air Board et de l'Aviation canadienne entre 1921 et 1923, principalement depuis Victoria Beach au Manitoba et Jericho Beach à Vancouver, pour la surveillance des feux de forêt, des vols de reconnaissance et de transport. Le F.3 G-CYBT transporta les premiers paiements d'annuités de traités livrés par voie aérienne. Le 31 juillet 1922, il heurta un rocher immergé sur le lac Pikangikum, dans le nord de l'Ontario ; il fut renfloué et réparé sur place avec l'aide du F.3 G-CYEN, qui achemina hommes et matériel, mais la réparation tint à peine le temps du vol de retour et le G-CYBT fut rayé des effectifs à Victoria Beach le 29 août 1922. Quelques jours plus tard, le 8 septembre, le G-CYEN fut gravement endommagé à son mouillage lors d'une tempête et, à la fin du mois, tous les F.3 canadiens restants furent retirés du service.
Portugal et Espagne
Le 22 mars 1921, un F.3 de l'aviation navale portugaise, avec à son bord les aviateurs navals Sacadura Cabral et Ortins de Bettencourt, le navigateur Gago Coutinho et le mécanicien Roger Soubiran, réalisa la première liaison aérienne entre le Portugal continental et Madère. L'Aeronáutica Naval espagnole utilisa aussi le F.3, dont trois exemplaires furent embarqués sur le transport d'hydravions Dédalo.
Utilisation civile
Deux F.3, G-EAQT (ex-N4019) et G-EBDQ (ex-N4177), furent inscrits au registre civil britannique. Le G-EAQT fut transformé par Short Brothers en « yacht aérien » de luxe comprenant trois salons tapissés de vert et de gris pour dix passagers. Il fut ensuite vendu à The Aerial Company Ltd en Australie, mais fut endommagé pendant le transport ; d'autres projets prévoyaient d'utiliser des F.3 pour un service de passagers et de fret entre le continent et la Tasmanie, sans suite. En 1919, un des F.5 construits par la Gosport Aircraft Company fut immatriculé civil sous le nom de Gosport Flying Boat et présenté à la Première exposition du trafic aérien (ELTA) d'Amsterdam ; Gosport proposa également des dérivés de lutte contre les incendies et de transport civil à six passagers, restés sur le papier.
Japon
À partir de 1921, Short Brothers livra des F.5 à la Marine impériale japonaise, qui acquit ensuite une licence de fabrication. Désignés « hydravion de la Marine type F.5 », ces appareils furent construits par les arsenaux navals de Yokosuka et de Hiro ainsi que par Aichi jusqu'en 1929, et restèrent en service jusqu'en 1930. L'arsenal de Hiro développa ensuite son propre dérivé, le Hiro H1H (type 15 de la Marine), dont les versions ultérieures reçurent une coque entièrement métallique et qui servit jusqu'en 1938.
États-Unis
Le F5L entra en service dans l'US Navy à la fin de la guerre et resta son hydravion de patrouille standard jusqu'en 1928, date de son remplacement par le PN-12 ; il fut employé pour la patrouille côtière et le réglage des tirs de l'artillerie côtière. Des F5L furent également exportés vers l'aviation navale brésilienne et le Philippine Air Service.
Les F5L excédentaires connurent aussi une seconde carrière dans le transport aérien. L'Aeromarine Plane and Motor Company en transforma huit en Aeromarine 75, emportant de dix à quatorze passagers ainsi que du courrier. Exploités par Aeromarine Airways à partir du 1er novembre 1920 entre Key West et La Havane, ils assurèrent le premier courrier aérien international de l'US Post Office, puis desservirent des lignes saisonnières entre Miami, Bimini et Nassau, New York et Atlantic City, ainsi que Cleveland et Detroit. Le premier film projeté en vol le fut à bord d'un Aeromarine 75 en août 1921, lors de l'exposition Pageant of Progress de Chicago. Le 13 janvier 1923, l'Aeromarine 75 « Columbus » subit une panne de moteur entre Key West et La Havane et amerrit dans le détroit de Floride ; la coque s'emplit d'eau dans une mer forte et quatre passagers se noyèrent avant que le navire H. M. Flagler ne recueille les autres occupants. En 1928, l'Atlantic Coast Airways Corporation of Delaware transforma d'anciens F5L de la Navy pour emporter jusqu'à 25 passagers. Un F5L termina sa carrière en 1932 comme sandwicherie à Bradenton, en Floride.
Militaires
Civils
Aucun hydravion Felixstowe complet n'a survécu. En mars 1919, la Naval Aircraft Factory envoya à une exposition aéronautique de New York un F5L (A-3882) spécialement construit à cet effet, dont le revêtement n'était que partiel afin de montrer sa structure. Cédé à la Smithsonian Institution en 1920, il fut rendu à l'US Navy vers 1930, mais la Smithsonian conserva la coque, un flotteur d'aile, une hélice et une bombe. Ces éléments appartiennent au National Air and Space Museum et sont actuellement en réserve. La section avant d'un hydravion Felixstowe non identifié est exposée au Norfolk and Suffolk Aviation Museum de Flixton, en Angleterre.
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