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La famille Amiot 350 (Amiot 351 et Amiot 354 en service) est une série de bombardiers bimoteurs français rapides et élégants, dérivés du prototype Amiot 340 et de l'avion de records Amiot 370. Conçue par le bureau d'études de Jean Calvy chez Avions Amiot, elle comptait en 1939 parmi les bombardiers les plus modernes de l'Armée de l'Air, mais d'interminables difficultés de production firent que seuls quelque 80 appareils, sur près de 900 commandés, avaient été livrés lorsqu'elle fut engagée en petit nombre pendant la bataille de France, en mai et juin 1940.
Aux origines : le programme BR3
En 1933, le Service technique aéronautique (STAé) lança le programme des « Bombardiers de Représailles Triplace » (BR3), visant à doter l'Armée de l'Air d'un bombardier rapide à grande autonomie. Amiot envisagea d'abord un dérivé à train escamotable de son Amiot 143, mais comprit vite que seule une formule entièrement nouvelle permettrait d'atteindre les performances demandées. Il en résulta l'Amiot 340 BR3, monoplan entièrement métallique à aile médiane haute, fuselage monocoque de section circulaire et train classique escamotable, dessiné par Lambert et Girodin sous la direction de Jean Calvy, qui promettait 470 km/h.
Une maquette fut examinée en mars 1936 et un prototype commandé, tandis qu'une version quadriplace, l'Amiot 341 B4, était étudiée pour mieux répondre aux besoins de l'Armée de l'Air. Parallèlement, Amiot fut chargé de construire une version civile destinée à une course New York–Paris prévue en 1937 pour le dixième anniversaire de la traversée de l'Atlantique par Charles Lindbergh. Modifiée pour représenter ce postal rapide à long rayon d'action, la maquette fut présentée au Salon de l'aviation de Paris de 1936 sous la désignation Amiot 341. La course fut finalement annulée pour des raisons de sécurité, mais le prototype civil fut achevé sous le nom d'Amiot 370.
L'Amiot 370 et les records
Biplace de raid équipé de deux moteurs en ligne Hispano-Suiza 12Y de 860 ch et d'un poste de pilotage sans verrière saillante, l'Amiot 370 fut le premier de la famille à voler, à Istres, le 25 juillet 1937. Immatriculé F-AREU, il servit au commandant Maurice Rossi pour une série de records internationaux : avec le navigateur Vigroux, il porta le record de vitesse sur 2 000 km en circuit fermé à 437 km/h (avec des charges allant jusqu'à 2 000 kg) le 8 février 1938, puis celui des 5 000 km à 401 km/h le 8 juin 1938. Les 15 et 16 août 1939, associé cette fois au radio-navigateur Emont, Rossi parcourut 10 000 km en 33 heures environ, à la moyenne de 311 km/h.
L'Amiot 340
Le prototype Amiot 340.01 fut achevé au début de 1937. Les moteurs en étoile Hispano-Suiza 14AA prévus à l'origine se révélant aussi peu fiables que sur les avions concurrents, il effectua finalement son premier vol à Istres le 6 décembre 1937 avec deux Gnome et Rhône 14P de 960 ch, rapidement remplacés par des Gnome et Rhône 14N 0/1 de 920 ch tournant en sens inverse. Les essais officiels débutèrent au CEMA de Villacoublay le 21 mars 1938. Du 16 au 21 août 1938, le prototype, débarrassé de ses marques de prototype et décoré de la cocotte rouge du général Joseph Vuillemin, chef d'état-major de l'Armée de l'Air, conduisit celui-ci à Berlin-Staaken et le ramena, à 440 km/h de croisière à 4 200 m, afin de laisser croire aux Allemands qu'un bombardier français moderne était déjà en service.
Le programme BR3 ayant entre-temps été abandonné au profit d'un bombardier quadriplace, l'appareil retourna en usine en novembre 1938. Remotorisé avec des Gnome et Rhône 14N 20/21 de 1 020 ch, il reçut un quatrième membre d'équipage servant une mitrailleuse ventrale MAC 1934 de 7,5 mm tirant en arrière de la soute, un empennage bidérive à dérives ovales et un plan fixe horizontal à dièdre. Sous cette forme, il reprit l'air le 21 janvier 1939 sous le nom d'Amiot 351.01. Les essais révélèrent des problèmes de train et de stabilité latérale, et l'avion fut endommagé lors d'un accident à l'atterrissage le 4 juillet 1939. Réparé en septembre 1939, il retrouva un empennage monodérive et fut transformé en avion de reconnaissance, l'Amiot 351.01 A4.
La série Amiot 350
Sans attendre les essais de l'Amiot 351.01, le bureau d'études de Jean Calvy redessina la cellule en 1938 afin d'en simplifier la construction et de lui permettre de recevoir plusieurs types de moteurs, pour éviter les goulets d'étranglement dans les livraisons de moteurs. Les avions de série reçurent une aile d'envergure et de surface réduites, un fuselage allongé de 50 cm et construit en trois tronçons, et une verrière plus longue et plus large, désormais centrée sur le fuselage alors que le poste du pilote du prototype était décalé vers la gauche. L'aile comprenait un longeron principal et deux longerons auxiliaires, le carburant (environ 2 800 litres) était logé dans six réservoirs d'aile, et le train se relevait électriquement. Une numérotation commune permettait de construire sur la même chaîne les versions bidérive et monodérive, les empennages étant interchangeables.
L'équipage de quatre hommes comprenait le bombardier-navigateur dans le nez vitré, armé d'une mitrailleuse MAC 1934 de 7,5 mm (500 coups), le pilote installé au-dessus de l'avant de la soute, le mitrailleur dorsal servant un canon Hispano-Suiza HS-404 de 20 mm (120 coups) sous un cimier escamotable, et le radio, qui servait la MAC 1934 ventrale (800 coups). La soute pouvait recevoir jusqu'à 1 200 kg de bombes.
Le premier avion de série, l'Amiot 351 n°1 à moteurs Gnome et Rhône 14N 48/49 de 1 060 ch, vola à Orléans-Bricy le 3 novembre 1939, suivi quelques semaines plus tard par l'Amiot 354 n°2 à empennage monodérive. Alors que le 351 bidérive devait être la version principale, les retards firent accepter l'Amiot 354 comme type intérimaire, et les deux versions ne différèrent finalement que par leur empennage.
Une production difficile
En mai 1938, dans le cadre du Plan V, le ministère de l'Air commanda 20 Amiot 350 B4 à livrer avant le 1er avril 1939, commande modifiée à plusieurs reprises dans les mois suivants en fonction de la disponibilité des moteurs (versions 341, 350, 351 et 353). La pénurie de moteurs Hispano-Suiza entraîna l'abandon de l'Amiot 350 lui-même au début de 1939. D'autres contrats suivirent en juin 1939 puis après la déclaration de guerre, jusqu'à atteindre environ 880 à 890 appareils de diverses versions au 1er décembre 1939, dont 560 Amiot 352 à moteurs Hispano-Suiza 12Y 50/51 ; jusqu'à 1 800 appareils furent envisagés au total. Un projet de production aux États-Unis, à La Nouvelle-Orléans, n'aboutit jamais.
La fabrication était répartie entre Colombes (fuselages), les Chantiers Aéronautiques de Normandie à Cherbourg (ailes), la SNCAC à Billancourt (empennages) et Le Bourget (assemblage final). Modifications incessantes, grèves, retards de livraison des équipements, problèmes de trappes de soute et complexité de la cellule ralentirent considérablement le programme : cinq appareils seulement avaient été pris en compte en janvier 1940, 21 au 1er avril 1940 au lieu des 285 prévus, et 37 au 1er mai. Le canon dorsal de 20 mm étant lui aussi en retard, la plupart des premiers avions entrèrent en service avec une simple mitrailleuse en position dorsale. À l'armistice, 61 appareils avaient été officiellement pris en compte, tandis que 80 à 86 cellules auraient été achevées au total (environ 17 Amiot 351 et 45 Amiot 354 en service, plus les prototypes).
La bataille de France
Les groupes de bombardement GB I/21 et GB II/21, qui volaient sur Bloch 210, commencèrent leur transformation sur Amiot 351/354 au printemps 1940, suivis par les GB I/34 et GB II/34 ; ensemble, ils formaient le Groupement de bombardement 9. Le 10 mai 1940, seule une poignée d'appareils était opérationnelle : sur quelque 200 cellules en fin de construction, 35 environ étaient prêtes à voler. Faute d'un armement défensif suffisant, les Amiot furent cantonnés aux missions de nuit.
La première mission de guerre fut une reconnaissance non armée effectuée dans la nuit du 12 au 13 mai 1940 dans la région de Maastricht, suivie des premières reconnaissances armées le 16 mai. Au cours des semaines suivantes, les Amiot attaquèrent colonnes, convois et ponts sur la Somme et l'Aisne ; la dernière mission du GB II/34 eut lieu le 15 juin 1940 sur Château-Thierry. Le 24 mai, deux appareils furent détruits au sol par des Heinkel He 111. Entre le 10 mai et le 17 juin, le Groupement 9 effectua environ 150 missions et perdit 13 avions, dont trois seulement au combat, les autres étant détruits par accident, au sol ou sabordés pour éviter leur capture.
Afrique du Nord et Vichy
Le 17 juin 1940, tous les appareils reçurent l'ordre de gagner l'Afrique du Nord et 37 atteignirent Oran, en compagnie de l'Amiot 370. Le Groupement 9 se porta ensuite à Djerba en vue d'un raid sur l'Italie, annulé par l'armistice. Les avions furent ensuite ramenés en métropole et les groupes dissous en août 1940, les Amiot étant stockés.
Le gouvernement de Vichy obtint l'autorisation d'utiliser plusieurs Amiot comme avions postaux vers Djibouti et Madagascar. Révisés et dotés de réservoirs supplémentaires dans la soute, ils volèrent aux couleurs d'Air France : l'Amiot 370 F-AREU, l'Amiot 356 F-BAGP (premier vol commercial Marignane – Alger – Dakar – Casablanca en octobre 1941) et l'Amiot 354 n°68 F-BAGQ desservirent les lignes africaines, dont douze liaisons vers Djibouti, jusqu'en novembre 1942. L'Amiot 354 n°11, utilisé comme avion de transport de personnalités par l'amiral Auphan, fut détruit à l'atterrissage à Vichy en octobre 1942.
Luftwaffe
Lors de l'invasion de la zone libre en novembre 1942, les Allemands récupérèrent quatre Amiot. Un Amiot 351 devint l'avion de liaison de l'état-major de la Luftflotte 3, tandis qu'un autre 351 et l'Amiot 356 furent utilisés par la 1re Staffel du Kampfgeschwader 200, l'unité d'opérations spéciales de la Luftwaffe. Les moteurs Gnome et Rhône 14N de plusieurs appareils furent par ailleurs réutilisés sur le transport Messerschmitt Me 323 Gigant.
Après-guerre
En 1946, le dernier Amiot 354 survivant, abandonné à Istres (ou à Dakar selon d'autres sources), fut remotorisé avec deux Pratt & Whitney R-1830 Twin Wasp de 1 200 ch sous le nom d'Amiot 358 et utilisé par le Groupe de Liaisons Aériennes Ministérielles (GLAM) à Villacoublay, jusqu'à ce qu'une rupture du train d'atterrissage mette fin à sa carrière. Aucun exemplaire n'a été préservé.
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