Yokosuka MXY-7 Ohka
Le Yokosuka MXY-7 Ohka (« fleur de cerisier » en japonais) était une bombe volante pilotée, propulsée par fusées, construite par l'Arsenal technique aéronaval de Yokosuka (Dai-Ichi Kaigun Koku Gijitsusho, ou Kugisho) et utilisée par la Marine impériale japonaise contre les navires alliés au cours des derniers mois de la Seconde Guerre mondiale. Ce fut le seul avion de la guerre conçu dès l'origine pour les attaques suicides (tokko, plus connues en Occident sous le nom de kamikaze) à avoir atteint le stade opérationnel. Les militaires alliés le surnommèrent « Baka bomb », baka signifiant « idiot » ou « imbécile » en japonais.
L'Ohka n'était guère plus qu'une charge explosive de 1.200 kg munie de courtes ailes en bois, d'un poste de pilotage et de trois moteurs-fusées à poudre. Son rayon d'action n'étant que d'environ 37 km, il devait être emporté à proximité de sa cible sous un bombardier Mitsubishi G4M « Betty », et l'avion porteur, lent et surchargé, se révéla une proie facile pour les chasseurs américains. Sur les quelque 850 Ohka construits, seul le Model 11 fut engagé au combat, à partir de mars 1945, principalement au large d'Okinawa.
Conception et développement
L'idée d'une bombe-fusée pilotée revient à l'enseigne de vaisseau Mitsuo Ohta, pilote de transport du 405e Kokutai, qui commença à y travailler en 1943. Avant de s'adresser à ses supérieurs, il sollicita l'Institut de recherche aéronautique de l'université de Tokyo, dont le personnel l'aida à établir des plans préliminaires et à tester une maquette en soufflerie. Faire appel à des ingénieurs civils avant la Marine constituait sans doute une entorse au protocole, mais elle fut ignorée. Les autorités ne s'intéressèrent au projet qu'en 1944, lorsque la situation du Japon dans le Pacifique devint désespérée.
Ohta soumit sa proposition le 5 août 1944 et, le 16 août, l'état-major général de la Marine ordonna à l'arsenal de Yokosuka de la développer. Le projet, tenu secret et d'abord réalisé uniquement dans des établissements militaires, reçut le nom de code « Marudai », tiré en partie du premier caractère du nom d'Ohta. L'équipe de conception était dirigée par le capitaine de corvette Masao Yamana, avec les ingénieurs Tadanao Mitsugi et Rokuro Hattori, tandis que Kyuichiro Washizu se chargeait des calculs de performances. Le premier prototype et dix appareils de série, désignés Model 11, furent achevés en moins d'un mois, à la fin de septembre 1944.
L'appareil devait être bon marché, simple à fabriquer par une main-d'œuvre non qualifiée et économe en matériaux stratégiques. Le fuselage en forme de cigare, en alliage léger, abritait la charge explosive dans le nez et le poste de pilotage à peu près à mi-longueur, sous une verrière en plexiglas. Les courtes ailes et l'empennage horizontal, muni de deux petites dérives à ses extrémités, étaient en contreplaqué. L'instrumentation était réduite au strict minimum : anémomètre, altimètre, compas et inclinomètre, plus un sélecteur de mise à feu des fusées et une poignée d'armement des fusées de la charge. Trois moteurs-fusées à poudre Type 4 Mark 1 Model 20 étaient logés dans la queue. Chacun délivrait une poussée d'environ 2,6 kN (588 lbf) pendant 8 à 10 secondes, et ils pouvaient être allumés ensemble ou l'un après l'autre.
Les essais commencèrent en octobre 1944 par des largages sans pilote et sans propulsion au-dessus de la baie de Sagami, suivis de vols planés pilotés. Le premier vol propulsé réussi eut lieu le 19 novembre 1944. La Marine avait toutefois commandé la production en série avant même la fin des essais. Entre septembre 1944 et mars 1945, 155 Model 11 furent construits à Yokosuka et environ 600 à l'arsenal aéronaval de Kasumigaura, tandis que des sous-traitants, dont Nakajima, fabriquaient ailes et empennages pour accélérer les livraisons.
Le porteur habituel était le G4M2e Model 24J (Tei), un Betty dont les portes de soute avaient été supprimées pour permettre d'accrocher l'Ohka sous le fuselage. Ce poids supplémentaire rendait le bombardier encore plus lent et moins manœuvrable. Le pilote de l'Ohka voyageait à bord du bombardier et rejoignait son engin par la soute peu avant d'arriver dans la zone de l'objectif. Largué à 30 ou 35 km des navires ennemis, l'Ohka planait d'abord vers sa cible, puis le pilote allumait les fusées pour l'attaque finale. Il atteignait environ 650 km/h en vol horizontal et plus de 900 km/h en piqué final, une vitesse qui le rendait presque impossible à intercepter.
Engagements
L'Ohka fut confié au 721e Kokutai, surnommé Jinrai Butai (« Corps des Dieux du tonnerre »), formé en octobre 1944 et basé à Konoike, dans la préfecture d'Ibaraki, avant de rejoindre Kyushu. Ses pilotes, tous volontaires, s'entraînaient sur planeurs K-1 et sur chasseurs Mitsubishi A6M Zero. Les premières tentatives de déploiement de l'Ohka tournèrent au désastre avant tout combat : le porte-avions géant Shinano fut coulé par le sous-marin USS Archerfish le 29 novembre 1944 avec 50 Ohka à bord, et le porte-avions Unryu, qui transportait 30 Ohka vers les Philippines, fut coulé par l'USS Redfish le 19 décembre 1944.
Le 21 mars 1945, le vice-amiral Matome Ugaki, commandant de la 5e flotte aérienne, lança la première attaque d'Ohka contre la Task Force 58 de l'US Navy, qui croisait au large de Kyushu. Dix-huit G4M du 721e Kokutai, dont seize portaient un Ohka, décollèrent de Kanoya sous le commandement du capitaine de corvette Goro Nonaka, avec une escorte de chasseurs bien plus faible que prévu. Interceptés par des Grumman F6F Hellcat bien avant d'atteindre les navires américains, tous les bombardiers furent abattus ou contraints de larguer leurs Ohka. Environ 160 hommes périrent, dont Nonaka et les 15 pilotes d'Ohka.
L'Ohka fut ensuite principalement employé contre les navires américains qui soutenaient l'invasion d'Okinawa, commencée le 1er avril 1945. Le 12 avril, le destroyer USS Mannert L. Abele (DD-733), déjà touché par un kamikaze, fut frappé par un Ohka qui le brisa en deux ; il coula en quelques minutes, premier navire coulé par une bombe-fusée pilotée. Le même jour, le destroyer USS Stanly (DD-478) fut touché et le destroyer-dragueur USS Jeffers (DMS-27) endommagé par un coup au but manqué de peu. Le 4 mai, le mouilleur de mines USS Shea (DM-30) fut gravement endommagé et le dragueur USS Gayety (AM-239) atteint par une explosion proche, tandis que le 11 mai le destroyer USS Hugh W. Hadley (DD-774) fut si gravement touché qu'il ne fut jamais réparé.
Au total, sept navires américains furent endommagés ou coulés par des Ohka : trois coulés ou irréparables, et trois autres sérieusement endommagés. Sur les quelque 300 Ohka disponibles pour la campagne d'Okinawa, 74 participèrent réellement aux opérations, et 56 d'entre eux furent détruits avec leur avion porteur ou au cours de l'attaque. Les analystes américains conclurent que l'arme avait eu un impact limité, aucun grand bâtiment n'ayant été touché grâce aux tactiques défensives adoptées par la flotte, à commencer par la destruction des porteurs avant le largage. Plusieurs Model 11 capturés intacts sur l'aérodrome de Yontan, à Okinawa, le 1er avril 1945 furent envoyés aux États-Unis pour évaluation et utilisés lors de campagnes d'emprunts de guerre.
Les pilotes d'Ohka du Jinrai Butai sont honorés au Japon au parc Ohka de Kashima (sur le site de l'ancien aérodrome de Konoike), au monument Ohka de Kanoya, au temple Kencho-ji de Kamakura et au sanctuaire Yasukuni à Tokyo.
Versions
- MXY-7 : Prototypes planeurs sans propulsion ; dix construits.
- Avion d'attaque spéciale de la Marine Ohka Model 11 : Seule version opérationnelle, propulsée par trois moteurs-fusées Type 4 Mark 1 Model 20 et armée d'une charge de 1.200 kg. 755 exemplaires construits (155 à Yokosuka, 600 à Kasumigaura).
- Ohka Model 21 : Version expérimentale associant la cellule et les fusées du Model 11 à des ailes en acier construites par Nakajima. Un exemplaire.
- Ohka Model 22 : Version destinée à augmenter le rayon d'action, propulsée par un motoréacteur Ishikawajima Tsu-11 (moteur de type Campini, dans lequel un petit moteur à pistons entraînait un compresseur). Avec une envergure réduite et une charge de 600 kg, elle devait être emportée par le bombardier Yokosuka P1Y Ginga, plus rapide. 50 cellules furent construites à Yokosuka, mais très peu de moteurs furent livrés ; le premier vol, en juin 1945, se termina par un écrasement à la suite d'une mise à feu prématurée des fusées d'appoint. Elle ne fut jamais engagée au combat.
- Ohka Model 33 : Version agrandie à turboréacteur Ishikawajima Ne-20 et charge de 800 kg, prévue pour le quadrimoteur Nakajima G8N Renzan. Annulée.
- Ohka Model 43A Ko : Version à ailes repliables, destinée à être catapultée depuis des sous-marins. Non construite.
- Ohka Model 43B Otsu : Version similaire, à lancer par catapulte depuis des grottes ou des sites côtiers pour la défense de l'archipel. Non construite.
- Ohka Model 53 : Version à turboréacteur Ne-20, qui devait être remorquée comme un planeur par un bombardier et larguée près de l'objectif. Non construite.
- Ohka K-1 : Planeur d'entraînement sans propulsion, avec un lest d'eau à la place de la charge et des fusées, des volets et un patin d'atterrissage. Le lest était vidangé avant l'atterrissage, qui se faisait tout de même à environ 210 km/h. 45 exemplaires construits.
- Ohka Model 43 K-1 Kai Wakazakura (« Jeune cerisier ») : Biplace d'entraînement (aussi appelé K-2) destiné aux pilotes du Model 43, avec un second poste de pilotage à la place de la charge et un seul moteur-fusée. Deux exemplaires.
- « Suzuka-24 » : Version d'interception supposée, avec réservoir de carburant et deux canons de 20 mm pour attaquer les B-29 ; son existence est incertaine.
Utilisateurs
- Japon : Service aérien de la Marine impériale japonaise (721e Kokutai « Jinrai Butai »).
Exemplaires préservés
- Inde : Model 11 au musée de l'Armée de l'air indienne, Palam (New Delhi).
- Japon :
- Model 11 à la base aérienne d'Iruma (Saitama).
- Ohka au Kawaguchiko Motor Museum (Yamanashi).
- Réplique du Model 11 au musée Yushukan du sanctuaire Yasukuni (Tokyo).
- Model 11 au musée de la Paix d'Usa (Oita).
- Répliques au parc Ohka de Kashima et au parc central de Kamisu (Ibaraki).
- Royaume-Uni :
- Model 11 au Fleet Air Arm Museum, Yeovilton.
- Model 11 à l'Imperial War Museum, Londres.
- Model 11 au RAF Museum (Londres et Cosford). L'appareil de Cosford, « 1046 » (BAPC.99), est l'un des quatre amenés en Grande-Bretagne pour évaluation en 1945.
- Model 11 au Science and Industry Museum, Manchester.
- États-Unis :
- Model 11 au National Museum of the Marine Corps, Triangle (Virginie).
- Model 11 « I-18 », capturé à Yontan, au Planes of Fame Air Museum, Chino (Californie).
- Model 11 au Yanks Air Museum, Chino (Californie).
- Model 22, seul survivant de cette version, au Steven F. Udvar-Hazy Center du National Air and Space Museum (Virginie).
- Biplace d'entraînement Model 43 K-1 Kai, prêté par le National Air and Space Museum au Pima Air & Space Museum, Tucson (Arizona).
- Planeur d'entraînement K-1 au National Museum of the United States Air Force, Dayton (Ohio).
- Planeur d'entraînement K-1 au National Museum of the U.S. Navy, Washington.
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