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Le Felixstowe F.5 est un hydravion à coque biplan et bimoteur britannique conçu à la fin de la Première Guerre mondiale par le Lieutenant Commander John Cyril Porte, de la Royal Navy, à la Seaplane Experimental Station de Felixstowe (Suffolk). Dernier représentant de la longue lignée des hydravions Felixstowe issus du Curtiss « America » de 1914, il arriva trop tard pour combattre, mais devint l'hydravion standard de la Royal Air Force de 1919 à 1925. Construit sous licence aux États-Unis sous la désignation F5L (souvent appelé « Curtiss F-5L ») et au Japon, il fut aussi l'hydravion de patrouille standard de l'US Navy jusqu'en 1928, transporta les premiers passagers de la première ligne aérienne internationale régulière américaine, et fut l'ancêtre des Naval Aircraft Factory PN et du Hiro H1H japonais.
Des hydravions Curtiss au F.5
Avant la guerre, Porte avait travaillé avec Glenn Curtiss sur l'hydravion « America », destiné à traverser l'Atlantique. Revenu dans la Royal Navy et placé à la tête de la station aéronavale de Felixstowe, il convainquit l'Amirauté d'acheter des Curtiss H-4 puis H-12 « Large America », dont les coques se révélèrent trop fragiles pour la mer du Nord. Porte dessina de nouvelles coques, plus robustes et plus marines, qui donnèrent successivement le Felixstowe F.1, le F.2A (nouvelle coque associée à la voilure du H-12) et le F.3, plus grand, qui emportait deux fois plus de bombes que le F.2A mais était plus lent et moins maniable.
Le F.5 devait réunir la charge utile et le rayon d'action du F.3 avec les qualités de vol du F.2A. Le prototype, N90, construit à Felixstowe et propulsé par deux Rolls-Royce Eagle VIII de 350 ch, effectua son premier vol en novembre 1917 (certaines sources indiquent mai 1918). Il recevait une nouvelle coque au pont supérieur plus profond, un poste de pilotage ouvert, une nouvelle voilure d'envergure accrue avec des ailerons à corde constante, et un empennage horizontal à grande corde avec gouverne de direction et ailerons compensés. Lors des essais officiels, il surclassa nettement le F.3, même en surcharge.
Production
Un important programme de F.3 étant déjà en cours, le F.5 de série fut redessiné pour utiliser le plus possible d'éléments du F.3. L'appareil de série était plus lourd que le N90 et ses performances étaient même légèrement inférieures à celles du F.3, surtout lorsque la pénurie de moteurs imposait des Eagle VII de 325 ch. Il offrait néanmoins une autonomie supérieure et restait agréable à piloter ; les flancs et le pont de sa coque étaient revêtus de bois au lieu de toile enduite. Les derniers exemplaires reçurent des gouvernes de profondeur compensées.
Comme pour les hydravions Felixstowe précédents, la production fut répartie entre plusieurs entreprises : Short Brothers (23), la Phoenix Dynamo Manufacturing Company (17), la Gosport Aircraft Company (10) et Dick, Kerr & Co. (2), avec la participation de S.E. Saunders, de l'Aircraft Manufacturing Company (Airco) et de May, Harden & May, Boulton & Paul ne construisant que des coques. De grosses commandes furent annulées après l'Armistice ; au total, environ 160 F.5 de construction britannique furent achevés.
Le F5L américain
L'US Navy s'intéressa au F.5 dès le début. Les plans complets parvinrent à la Naval Aircraft Factory (NAF) de Philadelphie en mars 1918 et l'appareil fut adapté aux méthodes de production américaines et au moteur Liberty 12A de 400 ch : le « L » de la désignation signifie Liberty (et le « F » Felixstowe). La coque fut renforcée par un placage de contreplaqué au lieu de toile enduite, l'aérodynamique fut affinée et les ailerons furent compensés. Le premier F5L construit par la NAF vola le 15 juillet 1918, quatre mois seulement après la réception des plans. Les commandes de 480 appareils furent fortement réduites à la fin de la guerre : la NAF en livra 137, Curtiss 60 et Canadian Aeroplanes Ltd de Toronto 30, soit 227 appareils au total. Bien que la NAF en ait construit le plus grand nombre, l'appareil est couramment appelé « Curtiss F-5L » en raison de ses origines Curtiss. Une dérive nettement agrandie fut ensuite adoptée en standard.
Japon
En 1921, la mission britannique d'aviation civile dirigée par le colonel Master of Sempill livra à la Marine impériale japonaise des F.5 construits par Short ; le Japon acquit ensuite une licence. Les premiers appareils furent assemblés à Yokosuka à partir de pièces britanniques, puis la production se poursuivit à l'arsenal naval de Hiro à partir d'octobre 1921 et chez Aichi jusqu'en 1929 (les chiffres varient selon les sources). L'arsenal de Hiro en dériva ensuite le Hiro H1H (Type 15 de la Marine), amélioré.
Royaume-Uni
Le F.5 entra en service après l'Armistice et remplaça progressivement les F.2A, F.3 et Curtiss H-16, devenant l'hydravion standard de la RAF d'après-guerre. Il équipa jusqu'à huit escadrons et escadrilles, notamment le No. 230 Squadron de Felixstowe, renuméroté No. 480 Flight fin 1922 et basé ensuite à Calshot, où il constitua l'unité d'instruction sur hydravions. À l'été 1919, le N4044, l'un des premiers de série, effectua une tournée en Scandinavie : 3.943 km en 27 jours, avant de rentrer à Felixstowe en parfait état. En 1923, deux F.5 sous les ordres de l'Air Commodore Bigsworth effectuèrent sans incident une croisière vers Gibraltar, Malte, Bizerte et Oran. Le F.5 servit aussi à de nombreuses expérimentations, dont une coque « à fond creux » construite par Saunders (N178) et, en 1924, une coque entièrement métallique construite par Short Brothers pour le N177, premier hydravion militaire à coque métallique. Il fut remplacé par le Supermarine Southampton à partir d'août 1925.
États-Unis
Le F5L entra en service au moment même où la guerre s'achevait et devint, avec le Curtiss H-16, l'hydravion de patrouille standard de l'US Navy. Certains portaient un canon sans recul Davis à l'avant, et l'appareil pouvait emporter jusqu'à onze mitrailleuses et 454 kg de bombes. Des F5L participèrent aux célèbres essais de bombardement de juillet 1921, qui coulèrent l'ancien cuirassé allemand Ostfriesland. En 1922, avec le nouveau système de désignation de la Navy, les F5L et F6L devinrent les PN-5 et PN-6, mais les anciennes appellations restèrent en usage. Les F5L servirent jusqu'en 1928, date de leur remplacement par le Naval Aircraft Factory PN-12. Début 1919, le F5L A3864 avait été modifié pour tester deux moteurs en tandem (l'un tractif, l'autre propulsif) dans une même nacelle, disposition envisagée pour les hydravions Curtiss NC.
Utilisation civile
Des F5L excédentaires furent transformés en avions de transport de passagers. Aeromarine en convertit plusieurs en Aeromarine 75, à cabine fermée de 10 à 12 passagers. Exploités par Aeromarine West Indies Airways (puis Aeromarine Airways), les hydravions « Santa Maria » et « Pinta » inaugurèrent le 1er novembre 1920 une liaison quotidienne Key West - La Havane, premier service international régulier de passagers et de courrier aérien des États-Unis ; le réseau s'étendit ensuite à Miami, Nassau, Bimini et, en été, aux Grands Lacs (Detroit - Cleveland). En 1921, un Aeromarine 75 survolant Chicago projeta à ses passagers le film « Howdy Chicago! », considéré comme le premier film diffusé à bord d'un avion. L'Atlantic Coast Airways Corporation of Delaware exploita également un F5L transformé à la fin des années 1920.
Japon
Les F.5 japonais, basés notamment sur le lac Kasumigaura, servirent dans la Marine impériale de 1922 à 1930 environ et réalisèrent plusieurs vols remarquables à longue distance, certains de plus de neuf heures.
Aucun hydravion Felixstowe complet n'a survécu. En mars 1919, la Naval Aircraft Factory envoya à une exposition aéronautique de New York un F5L (A-3882) construit spécialement et seulement partiellement revêtu pour montrer sa structure. Donné à la Smithsonian Institution, il fut rendu à la Navy vers 1930, mais la coque, un flotteur d'aile, une hélice et une bombe furent conservés ; ils appartiennent au National Air and Space Museum et sont actuellement en réserve. La partie avant d'un hydravion Felixstowe non identifié est exposée au Norfolk and Suffolk Aviation Museum de Flixton (Angleterre).
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