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Le Piaggio P.108 Bombardiere était un bombardier lourd quadrimoteur italien conçu par Giovanni Casiraghi et construit par Piaggio. Ce fut le seul bombardier stratégique quadrimoteur utilisé par la Regia Aeronautica pendant la Seconde Guerre mondiale. Le prototype effectua son premier vol le 24 novembre 1939 et l'appareil entra en service en 1941, mais il ne fut engagé au combat qu'en juin 1942.
Quatre versions du P.108 furent étudiées, mais seule l'une d'elles, le bombardier P.108B, fut produite en nombre avant l'armistice italien de septembre 1943 : le P.108A d'attaque antinavire armé d'un canon de 102 mm, le P.108C, avion de ligne pressurisé de 32 passagers, et le P.108T de transport militaire. Un seul P.108A et 24 P.108B furent construits ; selon les sources, le total de toutes les versions, prototypes compris, se situe entre 35 et 44 appareils. Après l'armistice, les versions de transport furent saisies par les Allemands et utilisées par les unités de transport de la Luftwaffe jusqu'à la fin de la guerre.
En 1937, le ministère italien de l'Air lança un appel d'offres pour un bombardier rapide de jour et de nuit à grand rayon d'action. Piaggio avait déjà étudié un gros bombardier avec le P.50, dessiné par Casiraghi à partir d'une formule définie par Giovanni Pegna. Le P.50-I de 1937, à quatre moteurs Isotta-Fraschini montés en tandem, et le P.50-II de 1938, à quatre moteurs en étoile tractifs classiques, furent tous deux décevants : de construction mixte et en bois, le P.50-II était sous-motorisé et incapable de décoller à sa masse maximale prévue.
Giovanni Casiraghi, ingénieur expérimenté qui avait travaillé aux États-Unis de 1927 à 1936, conçut alors un appareil entièrement nouveau en s'appuyant sur son expérience américaine. Le P.108 était un monoplan à aile basse cantilever entièrement métallique, revêtu de duralumin, doté d'un train d'atterrissage classique escamotable dont les roues principales se rétractaient vers l'avant dans les nacelles des moteurs intérieurs. Il était propulsé par quatre moteurs en étoile Piaggio P.XII RC.35 à 18 cylindres refroidis par air, de 1.350 à 1.500 ch, entraînant des hélices tripales à pas variable. Le projet remporta le concours officiel face au CANT Z.1014 et aux projets de Fiat et de Caproni, car les autres concurrents n'étaient pas en mesure de livrer des appareils en nombre suffisant avant le milieu des années 1940.
Le prototype (MM.22001) fut achevé à Finale Ligure et effectua son premier vol le 24 novembre 1939 aux mains du pilote d'essai Nicolò Lana. Il se comporta bien pendant les essais, mais un accident survenu à la fin de la première série de vols endommagea sérieusement l'appareil et ralentit le développement. Un deuxième exemplaire fut terminé à Pontedera en septembre 1940 et l'avion fut livré à la Regia Aeronautica pour son évaluation officielle en octobre 1940. Les « maladies de jeunesse » du P.108 entraînèrent une très longue période de mise au point, et la fiabilité de ses moteurs et de son circuit hydraulique ne fut jamais totalement satisfaisante.
Le P.108 était un avion coûteux : 5,2 millions de lires, contre 1,7 million pour un Savoia-Marchetti S.M.79 et environ 2,1 millions pour un bombardier italien moyen. Cependant, pour transporter une même masse de bombes à la même distance, le quadrimoteur était avantageux : une escadrille de neuf P.108, capable d'emporter 3.500 kg de bombes à 1.100 km, était jugée aussi efficace qu'un groupe de 26 S.M.79 emportant 1.000 kg à 1.000 km, pour un coût total à peu près identique mais avec seulement 54 hommes d'équipage au lieu de 130.
L'armement défensif du P.108B était très avancé pour l'époque. Outre deux mitrailleuses Breda-SAFAT de 7,7 mm en positions latérales, une mitrailleuse de 12,7 mm dans une tourelle ventrale semi-escamotable et une autre dans une tourelle de nez, le bombardier était équipé de deux tourelles télécommandées placées sur le dessus des nacelles des moteurs extérieurs, armées chacune de deux mitrailleuses de 12,7 mm. Ces tourelles étaient pointées par deux mitrailleurs installés sous des coupoles transparentes au-dessus du fuselage, une formule que l'on ne retrouvera que plusieurs années plus tard sur le Boeing B-29 Superfortress américain. Ces tourelles ne pouvaient cependant pas tirer vers l'avant, leur réserve de munitions était limitée et elles se révélèrent peu fiables en service.
Le bombardier (viseur) était logé dans un prolongement vitré sous le nez, ce qui permettait de reculer la tourelle de nez et de laisser le mitrailleur avant libre de ses mouvements pendant la phase de bombardement. La soute, divisée en trois compartiments, pouvait recevoir jusqu'à 3.500 kg de bombes : 34 bombes de 100 kg, 20 de 160 kg ou sept de 250 ou 500 kg. L'emport de trois torpilles (une en soute, deux sous la voilure) fut également étudié et essayé à l'école des avions torpilleurs de Gorizia en 1942, mais le P.108 ne vola jamais en opération avec ce chargement.
La deuxième série de production, le P.108B Serie II, fut privée de sa tourelle de nez. Cela réduisait la défense contre les attaques frontales, mais l'avion était surtout utilisé de nuit, et l'allègement ainsi que le nez plus aérodynamique procuraient un gain de vitesse de 10 km/h. Comparé au Boeing B-17 Flying Fortress ou au Consolidated B-24 Liberator, le P.108B offrait une charge de bombes et un rayon d'action comparables, mais ses performances en altitude étaient nettement inférieures.
La seule unité de la Regia Aeronautica à mettre en œuvre le P.108B fut la 274a Squadriglia Bombardamento a Grande Raggio (274e escadrille de bombardement à grand rayon d'action), créée à Pise le 1er juin 1941 sous le commandement du capitaine Bruno Mussolini, fils du dictateur Benito Mussolini. Le premier appareil arriva à Pise le 19 juillet 1941. Le 7 août 1941, lors d'un vol d'entraînement au départ de Pise-San Giusto, le P.108 de Bruno Mussolini perdit de la vitesse à basse altitude et s'écrasa sur une maison avant la piste. La partie avant se détacha du reste de la cellule ; l'avion ne prit pas feu mais fut totalement détruit, et trois des huit membres d'équipage furent tués, dont Bruno Mussolini. L'escadrille reçut plus tard son nom.
L'entraînement des équipages dura bien plus longtemps que prévu : à la fin de 1941, la flotte de P.108B n'avait totalisé que 391 heures de vol. Le 2 mars 1942, trois appareils survolèrent Rome en formation pour l'anniversaire de la création de la Regia Aeronautica, et la 274a Squadriglia devint opérationnelle en juin 1942.
Gibraltar
Le 26 juin 1942, sept P.108 quittèrent Pise pour Decimomannu, en Sardaigne. Dans la nuit du 28 juin, cinq d'entre eux décollèrent pour bombarder Gibraltar. L'un dut faire demi-tour à la suite d'une panne de moteur, tandis que les quatre autres larguèrent 66 bombes de 100 kg et six de 250 kg sur l'objectif depuis 4.000 à 4.300 m, sans être touchés par la défense antiaérienne. Le vol de retour tourna au désastre en raison d'une consommation de carburant imprévue : seul l'avion du lieutenant-colonel Gori Castellani, commandant du groupe, put rentrer à Decimomannu après plus de neuf heures de vol. Un autre se posa à Palma de Majorque et put redécoller le lendemain matin, tandis que le prototype MM.22001 se posa en catastrophe sur une plage près de Valence et que le MM.22005 fut gravement endommagé en se posant sans carburant à Los Alcázares ; les deux équipages furent internés en Espagne.
D'autres raids furent menés contre Gibraltar en juillet et octobre 1942, avec chaque fois un à quatre appareils, généralement depuis la Sardaigne. Les pertes atteignirent environ un tiers des avions engagés, à cause de l'ennemi, de pannes de moteurs et d'atterrissages forcés, pour des résultats médiocres : un Lockheed Hudson et quelques positions d'artillerie détruits au sol lors de la première mission, et des dégâts limités par la suite.
Algérie et Afrique du Nord
Après le débarquement allié en Afrique du Nord (opération Torch) en novembre 1942, les P.108B furent employés pour des attaques nocturnes contre les ports et aérodromes d'Algérie, notamment Alger, Bône, Philippeville, Blida, Maison-Blanche et Oran. Ils étaient les seuls bombardiers italiens capables d'atteindre Oran, à quelque 2.000 km. Avec seulement huit appareils, la 274a Squadriglia n'effectua que 28 sorties en huit missions de nuit en un mois entier. Quelques navires furent endommagés et quelques avions détruits au sol, mais trois bombardiers furent abattus par des chasseurs de nuit, dont deux par des Bristol Beaufighter du No. 153 Squadron de la RAF au-dessus d'Alger. La dernière mission, contre Oran, fut menée par deux P.108B le 20 janvier 1943, après quoi l'unité épuisée fut repliée à Sienne, Guidonia puis Foligno.
Sicile
En juillet 1943, les quelques P.108B restants furent lancés contre la flotte d'invasion alliée au large de la Sicile, perdant encore des appareils face aux chasseurs de nuit Beaufighter et de Havilland Mosquito. Le dernier des 24 P.108B commandés fut livré en août 1943. Sur ces appareils, six furent perdus du fait de l'ennemi (trois au-dessus de l'Algérie, deux au-dessus de la Sicile et probablement un au-dessus de l'Espagne), quatre dans des accidents, dont celui de Bruno Mussolini, et trois lors d'atterrissages forcés. Au total, le P.108B n'effectua qu'une trentaine de missions de guerre. À l'annonce de l'armistice, le 8 septembre 1943, la plupart des neuf appareils encore en ligne furent sabotés pour éviter leur capture par les Allemands, et au moins un P.108 rejoignit ensuite l'aérodrome de Grottaglie, dans le sud de l'Italie, aux mains des Alliés.
Au service de la Luftwaffe
Après l'armistice, les Allemands s'emparèrent de tous les P.108C et P.108T construits ou encore sur les chaînes, et firent achever d'autres exemplaires. Utilisés par les unités de transport de la Luftwaffe, ils rendirent de bons services sur le front de l'Est, notamment lors de l'évacuation des troupes de l'Axe de Crimée en 1944, après la chute de Sébastopol, chaque appareil emportant de 100 à 125 hommes. Certains furent détruits lors de bombardements en 1944 et 1945, mais neuf P.108T furent encore utilisés par la Luftwaffe jusqu'à la fin de la guerre.
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