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Umberto Savoja (parfois orthographié Savoia) fut un officier du génie, pilote et ingénieur aéronautique italien, l'un des pionniers de l'aviation de son pays. Formé au pilotage en 1909 par Wilbur Wright en personne, il devint le deuxième aviateur militaire italien puis, au sein de la direction technique de l'aviation militaire pendant la Première Guerre mondiale, il cosigna deux des familles d'avions italiens les plus importantes du conflit : les biplans de reconnaissance et de bombardement Savoia-Pomilio SP et l'Ansaldo S.V.A.. Il termina sa carrière à la tête de la branche aéronautique de Fiat.
Né à Turin le 4 février 1884, il était le fils de Giuseppe, ingénieur et professeur de lycée, et de Gabriella Martinotti. Ses études secondaires achevées, il choisit la carrière des armes : entré à l'Académie militaire de Turin en 1901, il passa en 1904 à l'École d'application de l'artillerie et du génie, dont il sortit l'année suivante. Nommé lieutenant du génie en 1906, il fut affecté au 5e régiment de mineurs.
En 1908, il fut muté à la compagnie d'aérostiers de la Brigade des spécialistes du génie, à Rome, l'unité chargée des ballons de l'armée, où il obtint sa qualification de pilote d'aérostat.
En avril 1909, Wilbur Wright vint à Rome à l'invitation du Club des aviateurs, qui avait acheté l'un de ses appareils. Depuis la vaste prairie de Centocelle, aux portes de la ville (qui allait devenir le premier aérodrome d'Italie), l'Américain effectua plusieurs dizaines de vols, souvent avec passager, et forma deux officiers : l'enseigne de vaisseau Mario Calderara, qui reçut l'essentiel des leçons et fut rapidement lâché seul, et le lieutenant Savoja, qui n'eut droit qu'à quelques vols en fin de séjour.
Après le départ de Wright, Calderara poursuivit les vols, mais le 6 mai 1909 il accidenta l'appareil et fut blessé. Savoja récupéra l'épave et fit construire une copie du Wright, que Calderara fit voler pour la première fois le 1er juillet 1909. Les deux hommes collaboraient étroitement : un train d'atterrissage escamotable de leur conception fit l'objet d'un brevet en France le 8 septembre 1909 (brevet n° 402.819). Le même mois, au meeting aérien international de Brescia, Calderara remporta plusieurs prix, dont celui du transport de passager, et emmena Savoja à son bord. Selon un témoignage, une tempête avait détruit les hangars et gravement endommagé le Wright juste avant la manifestation, et les deux officiers le reconstruisirent en neuf jours environ, avec les matériaux disponibles. Le 24 novembre 1909, Savoja fut nommé membre d'honneur du Club des aviateurs de Rome.
En mai 1910, l'armée l'envoya à Mourmelon-le-Grand, en France, pour essayer des avions Henry Farman et en négocier l'achat. Il y obtint son brevet de pilote le 4 juillet 1910, devenant le quatrième pilote breveté d'Italie. De retour au pays, il établit le 27 août 1910 le record national d'altitude et, le 14 septembre, survola Rome en passant à la verticale du palais du Quirinal.
Il épousa Luigia Talenti à Alexandrie (Piémont) le 6 mai 1911 ; le couple eut deux filles, Andreina et Gabriella. Au cours de l'année 1911, il retourna en France pour évaluer et acheter avions, moteurs et instruments pour la section aviation du bataillon des spécialistes du génie, alors commandée par le lieutenant-colonel Vittorio Cordero di Montezemolo. À la même époque, il mit sur pied un atelier de construction et de réparation des appareils de l'école, sous les ordres du général Giovanni Battista Marieni et du commandant Giulio Douhet. À l'automne 1911, il dut toutefois quitter l'aviation pour suivre les cours de l'École de guerre de Turin, ce qui l'empêcha de participer à la campagne de Libye.
Promu capitaine le 31 décembre 1912, Savoja fut affecté en 1914 à la Direzione Tecnica dell'Aviazione Militare (DTAM) de Turin, l'organisme chargé de définir, de surveiller et de réceptionner les avions produits par l'industrie italienne ; il y servit jusqu'à l'automne 1917 et finit par la diriger. À une époque où la plupart des firmes italiennes se contentaient de construire sous licence des modèles français, les ingénieurs de la DTAM entendaient développer des types nationaux.
Avec son collègue Ottorino Pomilio, il conçut le SP.1 (Savoia-Pomilio), un biplan de reconnaissance et de bombardement dérivé du Farman MF.11 que la Società Italiana Aviazione (SIA) construisait alors sous licence. Il en reprenait la formule : une nacelle ouverte pour le pilote et l'observateur, un moteur placé à l'arrière entraînant une hélice propulsive et un empennage double porté par des poutres. Plus grand et plus robuste que son modèle, le SP.1 vola en 1916 et resta à l'état de prototype unique, mais il donna naissance aux versions de série construites par la SIA et par la société que Pomilio venait de fonder : le SP.2, le SP.3, plus rapide et mieux profilé, et le SP.4 bimoteur. À l'été 1917, environ un quart des unités aériennes italiennes de première ligne étaient équipées d'appareils Savoia-Pomilio.
Le double rôle de Savoja, à la fois concepteur et contrôleur des avions commandés par l'État, ne manqua pas de soulever des questions de conflit d'intérêts dans l'attribution des marchés et les réceptions.
Son œuvre la plus connue fut menée avec un autre officier de la DTAM, Rodolfo Verduzio. Leur appareil, construit par la firme génoise Ansaldo, prit le nom de S.V.A., formé des initiales de Savoia, Verduzio et Ansaldo. Conçu comme un chasseur monoplace et essayé pour la première fois en mars 1917, c'était un biplan à mâts d'entreplan disposés en treillis Warren, sans haubans transversaux. Les pilotes du front le jugèrent trop peu maniable pour le combat, mais sa vitesse, son rayon d'action et son plafond, qui en faisaient l'un des avions alliés les plus rapides du conflit, en firent un remarquable avion de reconnaissance à long rayon d'action et de bombardement léger. Il fut produit en de nombreuses versions bien au-delà de l'armistice.
Le S.V.A. entra dans l'histoire le 9 août 1918, lorsque des pilotes de la 87e Squadriglia « La Serenissima », emmenés par le poète Gabriele D'Annunzio, survolèrent Vienne pour y larguer des tracts. En 1920, Arturo Ferrarin et Guido Masiero relièrent Rome à Tokyo sur le même type d'appareil.
Au printemps 1918, en sa qualité de conseiller technique de la SIA, Savoja fut mis en cause dans l'enquête ouverte après une série d'accidents survenus à des avions de reconnaissance SIA 7B. Le colonel Giulio Douhet réclama contre lui trois mois d'arrêts de forteresse, mais le commissaire chargé de l'affaire ne donna pas suite. Savoja quitta alors l'aviation : promu lieutenant-colonel, il prit le commandement du LVe bataillon de sapeurs du XXVIIIe corps d'armée, au sein de la 3e Armée, et participa à la bataille du Piave.
À partir de septembre 1918, il enseigna dans le cours pratique d'état-major puis à l'École de guerre de Turin, avec désormais le grade de colonel. En novembre 1921, il obtint un diplôme d'ingénieur civil à l'École polytechnique de Turin. Il fut ensuite affecté à l'Inspection technique automobile de l'armée, dont il devint inspecteur adjoint en 1928.
En 1929, il quitta l'armée pour prendre la direction de FIAT Aviazione, poste qu'il occupa jusqu'en 1946. Son rôle consistait surtout à gérer les relations avec les ministères et l'état-major de la Regia Aeronautica ; la conception des avions était confiée aux ingénieurs Celestino Rosatelli, à qui Fiat devait notamment les chasseurs CR.32 et CR.42, et Giuseppe Gabrielli, auteur du G.50. Retiré avec le grade de général, Savoja mourut au Lido di Camaiore, en Toscane, le 4 juin 1954.
Note sur les sources : il n'existe pas d'article sur Umberto Savoja dans les Wikipédia anglophone et francophone ; ce texte repose principalement sur l'article de la Wikipédia en italien et sur sa notice du Dizionario Biografico degli Italiani (Treccani, vol. 91, 2018), et plusieurs données divergent selon les sources. Année de naissance : 1884 selon le Dizionario Biografico, Wikidata et la plupart des références, mais 1872 selon l'infobox de la Wikipédia en italien et la notice abrégée de l'encyclopédie Treccani (son entrée à l'Académie militaire en 1901 n'est cohérente qu'avec 1884). Brevet de pilote : n° 4 (Dizionario Biografico, Wikipédia en italien) ou n° 2 (encyclopédie Treccani). Séjour de Wright : du 1er au 28 avril 1909 à Rome, avec des vols à Centocelle du 15 au 26 avril ; une source anglophone le situe à tort en juin. Chiffres de production : SP.2 environ 300 ou 402, SP.3 environ 350 ou 300, SP.4 environ 150 ou 152 ; S.V.A. environ 1.245 ou 1.295 selon les sources, d'autres avançant quelque 2.000 exemplaires en comptant la production d'après-guerre, et seulement 619 pour la production du temps de guerre. La Wikipédia en italien place le commandement du bataillon de sapeurs avant un retour à la DTAM en 1917, alors que le Dizionario Biografico le situe à la mi-1918, après son départ de la DTAM. La Wikipédia en italien indique qu'il fut pendant de longues années directeur technique de la SIAI-Marchetti, ce que le Dizionario Biografico ne mentionne pas (il le maintient chez Fiat jusqu'en 1946) : donnée non confirmée. Certaines sources lui attribuent par ailleurs la fondation de la société aéronautique Savoia (future Savoia-Marchetti, associée à Alessandro Marchetti) ; d'autres affirment que la firme fut créée par Domenico Lorenzo Santoni et doit son nom à la maison royale de Savoie, sans que Savoja y ait pris part. Grade final : général de brigade en congé (Wikipédia en italien), général du génie (Treccani).
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