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Le Dornier Komet (Comète) est une famille d'avions de ligne monomoteurs à aile haute, entièrement métalliques, conçus par Claude Dornier et construits à partir de 1921 par le Zeppelin-Werk Lindau, devenu ensuite Dornier Metallbauten, à Friedrichshafen sur le lac de Constance. Ses trois versions successives, les Komet I, Komet II et Komet III, ont volé pour des compagnies de Suisse, d'Allemagne, d'Espagne, de Colombie, du Danemark et d'Union soviétique. Un Komet II a effectué le premier vol d'un avion de ligne allemand vers l'Angleterre après la Première Guerre mondiale, un Komet III a été le premier avion de ligne à franchir les Alpes, et des Komet ont assuré quelques-uns des tout premiers vols de la Deutsche Luft Hansa le 6 avril 1926. Le Komet III a lui-même donné naissance au Dornier Merkur, l'un des avions de ligne européens les plus importants de la fin des années 1920.
Après la guerre, le groupe Zeppelin répartit ses activités aéronautiques entre plusieurs sociétés, et le Zeppelin-Werk Lindau (ZWL) dirigé par Claude Dornier se consacre d'abord aux hydravions à coque entièrement métalliques. L'hydravion commercial Cs II Delphin vole en 1920, et Dornier en dérive ensuite un avion terrestre. Les travaux commencent en octobre 1920 à Seemoos, près de Friedrichshafen, quelques mois après la levée par les Alliés, le 10 juillet 1920, de l'interdiction de construire des avions en Allemagne. Dornier arrive donc plus tard que ses principaux concurrents sur le marché civil, notamment Junkers avec le F 13.
Komet I (Do C III)
Le nouvel appareil, désigné C III et baptisé Komet, reprend l'aile rectangulaire de 17 m d'envergure, l'empennage et même la partie supérieure du fuselage du Delphin I, ainsi que son moteur six cylindres en ligne BMW IIIa de 185 ch (138 kW). La coque et les nageoires de l'hydravion sont remplacées par un simple fond de fuselage plat en tôle, avec un train fixe classique à béquille, et le moteur quitte sa position au-dessus du nez du Delphin pour une installation classique à l'avant du fuselage. L'aile, placée en position d'épaule, est haubannée de chaque côté par une paire de mâts fixés à la base du fuselage. La cabine, confortable, peut accueillir jusqu'à six personnes, mais emporte normalement quatre passagers. Sur le premier exemplaire, le pilote est installé dans un poste ouvert derrière la cabine, avec une très mauvaise visibilité ; sur les appareils suivants, le poste est avancé et la longueur passe à 10,20 m.
Comme les Alliés surveillent toujours de près l'aviation allemande, les deux premiers Komet sont construits à Seemoos, puis acheminés par bateau et par la route jusqu'à Dübendorf, près de Zurich, où ils sont assemblés et immatriculés en Suisse au nom de la compagnie suisse Ad Astra Aero, désireuse d'essayer des avions métalliques. Le premier Komet (numéro de série 22, CH 49) effectue son premier vol à Dübendorf le 10 février 1921, aux mains du pilote d'essai du ZWL Franz Zeno Diemer, et il est présenté à la presse le 15 février.
Komet II
Une version améliorée et plus puissante, le Komet II, vole pour la première fois le 9 octobre 1922. Elle a une porte de cabine plus grande, un équipage d'une ou deux personnes et reçoit normalement un moteur V12 Rolls-Royce Falcon III de 260/285 ch, mais elle peut aussi être équipée de moteurs BMW IV, BMW IVa ou Siddeley Puma. À partir de 1926, les Komet I et Komet II sont désignés Do P ; les appareils à moteur BMW deviennent des Do P Bal.
Entre 1921 et 1924, Dornier construit 16 avions de la famille Komet I/II : six Komet I (numéros de série 22, 23, 24, 30, 34 et 35) et dix Komet II (numéros 29 et 45 à 53). Quatre des Komet I sont ensuite transformés au standard Komet II.
Komet III (Do B)
Le Komet III de 1924 est un appareil pratiquement nouveau, qui partage de nombreux éléments avec le Delphin III. Il est prévu pour recevoir des moteurs plus puissants, dans l'attente d'un assouplissement des restrictions imposées par les Alliés à l'aviation allemande. La cabine, longue de 3,05 m, large de 1,45 m et haute de 1,72 m, est agrandie pour accueillir deux passagers de plus, soit six au total (jusqu'à huit en configuration dense), et l'aile, plus grande, d'une envergure de 19,60 m, est surélevée au-dessus du fuselage sur de courts mâts. Les deux pilotes sont assis côte à côte dans un poste ouvert sous le bord d'attaque de l'aile.
Le prototype (numéro de série 55) vole pour la première fois le 7 décembre 1924 avec un moteur Rolls-Royce Eagle IX de 360 ch, après l'acceptation du type par la commission de contrôle alliée le 8 novembre. L'Eagle est alors le moteur le plus puissant autorisé, et le plafond garanti n'est que de 3 500 m. Le 10 février 1925, le prototype, immatriculé CH 131, est essayé avec un BMW VI de 450 ch, mais en novembre 1925 les Alliés classent cette version comme avion militaire, et le Komet III ne pourra recevoir le BMW VI qu'après l'accord aéronautique de Paris de mai 1926. Une version militaire très proche, le Do C, a déjà volé le 25 septembre 1924, et une licence est vendue à Kawasaki au Japon.
En 1925, le Komet III est remplacé en production par le Do B Merkur, équipé d'un moteur BMW VI, d'une partie centrale d'aile raccourcie, d'ailes de plus grande envergure et d'une dérive modifiée. La plupart des Komet III en service sont transformés en Merkur entre novembre 1926 et avril 1927. Au total, Dornier construit 62 avions de la famille Do B (Komet III et Merkur).
Le Komet est construit selon la méthode de construction métallique développée par Dornier depuis 1917. Les longerons de l'aile sont faits de profilés d'acier, les nervures en alliage léger, et le revêtement en tôle de duralumin raidie par des profilés en U disposés dans le sens de l'écoulement de l'air. Le fuselage est une structure en coque travaillante, divisée en plusieurs compartiments : le moteur, le poste de pilotage et la cabine des passagers, avec la soute à bagages à l'arrière. Les pièces sont assemblées par rivetage, de manière à permettre des réparations, voire le remplacement complet d'éléments, par des ouvriers non spécialisés, et toutes les parties de la structure sont facilement accessibles. Les ailerons portent de petites surfaces auxiliaires d'équilibrage qui réduisent les efforts aux commandes. L'avion a un centre de gravité inhabituellement bas, qui le rend très peu susceptible de capoter, même lors d'atterrissages difficiles. Dornier présente le Komet comme avion de ligne, avion de transport utilitaire, avion sanitaire ou avion de photographie aérienne, sur roues ou sur flotteurs.
Suisse et Espagne
Le premier Komet a une carrière brève : le 16 février 1921, piloté par Max Cartier, qui ne connaît pas encore bien l'appareil, il heurte un arbre puis une ligne à haute tension au décollage à Dübendorf et il est réformé ; le pilote est indemne. Le deuxième appareil (numéro de série 23, CH 50) est présenté à Genève et à Thoune en mai 1921, puis transporte des passagers pour Ad Astra. Le 18 août 1921, après une panne de moteur, son pilote Ulrich Niemeyer amerrit sur le lac de Greifensee ; l'avion flotte une vingtaine de minutes avant de couler, il est renfloué le 24 août par 22 m de fond presque intact, puis remis en état. Équipé d'un nouveau moteur, il est livré en juin 1922 à la compagnie espagnole CETA (Compañía Española de Tráfico Aéreo) sous l'immatriculation M-AAIA, et il est utilisé sur la ligne postale Séville - Larache, au Maroc espagnol. La CETA reçoit aussi le Komet II modèle de série (numéro 29, M-AIAA).
Allemagne
Le numéro de série 24, immatriculé D-223, est achevé en septembre 1922 et loué à la Deutsche Luft-Reederei (DLR). Piloté par Max Kahlow, il quitte Berlin le 27 décembre 1922 et, après des escales à Hambourg, Brême et Rotterdam-Waalhaven, où une tempête le retient, il traverse la Manche et se pose près de Lympne le 31 décembre à cause du brouillard et de la nuit. Il atteint Croydon le 1er janvier 1923 : c'est le premier avion commercial allemand à se rendre en Angleterre depuis la guerre, et la presse britannique lui réserve un accueil chaleureux. Il regagne Berlin le 7 janvier.
Le Deutscher Aero Lloyd (DAL) prend livraison du D-248 en avril 1923 et utilise des Komet à partir de mai 1923 sur la ligne Berlin - Hambourg - Brême - Amsterdam - Londres, environ 1 000 km en 9 h 15 de vol. Le D-248, surnommé « Laubfrosch » (rainette) en raison de sa peinture vert foncé et de sa silhouette trapue, vole aussi sur la ligne Berlin - Dantzig - Königsberg et, le 11 mars 1924, entre Vienne, Prague, Dresde et Berlin. L'Aero Lloyd remotorise ensuite ses trois Komet II (D-223, D-248 et D-943) avec des moteurs BMW IV.
Le Komet III entre en service chez l'Aero Lloyd en 1925. Le 15 avril 1925, le D-528 « Luchs » (Lynx), piloté par Polte et Hailer, devient le premier avion de ligne à franchir les Alpes, sur la ligne Munich - Milan, un exploit remarquable pour un avion dont le plafond garanti n'est que de 3 500 m. En janvier 1926, l'Aero Lloyd fusionne avec la Junkers Luftverkehr pour former la Deutsche Luft Hansa, qui reprend trois Komet II et neuf Komet III. Le 6 avril 1926, premier jour d'exploitation de la Luft Hansa, le Komet III D-580 « Panther », piloté par Karl Noack, inaugure la ligne Berlin - Cologne, et le Komet II D-248 ouvre la ligne Hambourg - Kiel. Les Komet II sont utilisés sur de courtes lignes secondaires et confiés à de jeunes pilotes. Le dernier vol régulier d'un Komet II a lieu le 13 octobre 1928 entre Magdebourg et Hanovre ; les D-223 et D-943 sont ensuite vendus en 1929 au club de vol social-démocrate « Sturmvogel », et le D-248 est démoli par la Luft Hansa en 1931. L'un de ces appareils sera plus tard exposé par la Deutsche Luftfahrtsammlung (collection aéronautique allemande) à Berlin.
Union soviétique
De nombreux Komet II partent pour l'Union soviétique. La compagnie ukrainienne Ukrvozdukhput, basée à Kharkiv, choisit le Komet II plutôt que le Junkers F 13 parce qu'il coûte moins cher, et achète six appareils (immatriculés RR-UAA à RR-UAF), qui portent des noms comme « Ukraina », « Krasny Khimik » ou « Kharkovski Proletari ». Les survivants sont réimmatriculés CCCP-201 à CCCP-204 et retirés du service en 1929. Deux autres Komet II (D-397 et D-400) rejoignent la compagnie russe Dobrolet, ancêtre d'Aeroflot, où le dernier est retiré en 1933. La compagnie germano-soviétique Deruluft utilise aussi des Komet III, transformés plus tard en Merkur.
Autres utilisateurs
Deux Komet II sont livrés à la compagnie colombienne COSADA (Compañía Colombiana de Navegación Aérea), dont l'un, baptisé « Bucaramanga », est en 1924 le premier avion commercial vu dans cette ville. Un Komet II est vendu à Handley Page en Angleterre et évalué par le Royal Aircraft Establishment sous le matricule J7276, et un autre (D-396) est démonté en 1926/27 pour des essais de fatigue à l'université technique d'Aix-la-Chapelle. Le Komet III est exporté au Danemark, où la compagnie Det Danske Luftfartselskab (DDL) achète en 1925 l'ancien D-585, immatriculé T-DODB, ainsi qu'en Suède.
Aucun Komet d'origine n'est connu pour avoir survécu. Le musée Dornier de Friedrichshafen expose une réplique grandeur nature du Dornier Merkur, descendant direct du Komet III.
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Sources : Wikipedia (Dornier Komet) ; Günter Frost et Günther Ott, « Das Verkehrsflugzeug Dornier Komet » (parties 1 et 3) et « Dornier Komet und Merkur », Arbeitsgemeinschaft Deutsche Luftfahrthistorik (ADL).
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