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Le Spirit of St. Louis, officiellement Ryan NYP (pour « New York - Paris ») et immatriculé N-X-211, est le monoplan monomoteur et monoplace à aile haute, construit sur mesure, avec lequel Charles Lindbergh réalisa la première traversée de l'Atlantique en solitaire et sans escale, les 20 et 21 mai 1927. Parti de l'aérodrome Roosevelt Field (Long Island, New York), il se posa au Bourget, près de Paris, 33 heures et 30 minutes plus tard, après avoir parcouru environ 5 800 km, et remporta le prix Orteig de 25 000 dollars (voir Lindbergh - New York-Paris). L'avion fut construit à San Diego, en Californie, par la Ryan Airlines, alors propriété de Benjamin Franklin « Frank » Mahoney. Depuis 1928, il appartient à la Smithsonian Institution et est exposé au National Air and Space Museum de Washington.
En 1919, l'hôtelier new-yorkais d'origine française Raymond Orteig offrit un prix de 25 000 dollars au premier aviateur allié qui relierait sans escale New York et Paris. Huit ans plus tard, plusieurs équipes richement dotées préparaient de gros multimoteurs pour tenter l'exploit : René Fonck s'était écrasé au décollage avec son Sikorsky S-35 en septembre 1926, Richard Byrd disposait d'un trimoteur Fokker (Fokker F.VII), Clarence Chamberlin d'un Wright-Bellanca WB-2, et en France Nungesser et Coli préparaient leur « Oiseau Blanc ». Lindbergh, jeune pilote postal volant sur DH-4 pour la Robertson Aircraft Corporation de Saint-Louis, était convaincu qu'un pilote seul, à bord d'un monomoteur emportant le maximum de carburant, avait les meilleures chances. N'ayant pu obtenir un Bellanca, il se tourna vers la petite firme Ryan Airlines de San Diego.
Lindbergh arriva à San Diego le 23 février 1927 et visita l'usine avec Mahoney, le directeur de fabrication Hawley Bowlus, l'ingénieur en chef Donald A. Hall et le directeur commercial A. J. Edwards. Mahoney s'engagea à livrer l'avion en deux mois, pour un prix qui atteignit finalement 10 580 dollars. Lindbergh apporta 2 000 dollars de ses économies ; le reste fut fourni par un groupe d'hommes d'affaires et de partisans de Saint-Louis (dont des membres du St. Louis Raquette Club et Albert Bond Lambert), en l'honneur desquels l'avion fut baptisé. La commande fut confirmée le 25 février 1927.
Pour gagner du temps, Hall partit du monoplan postal Ryan M-2 de 1926, mais le résultat fut une refonte profonde : l'envergure fut augmentée de 3 m pour atteindre 14 m, le fuselage fut allongé et renforcé, et le train d'atterrissage élargi pour supporter l'énorme charge de carburant. Hall estima le travail à 850 heures d'études et environ 3 000 heures de fabrication ; le personnel de Ryan, travaillant exclusivement sur ce projet et en étroite collaboration avec Lindbergh, acheva l'avion une soixantaine de jours après son arrivée. Hall décrivit ensuite la conception dans un rapport technique pour le NACA, reproduit en annexe du livre de Lindbergh « The Spirit of St. Louis » (1953), couronné par le prix Pulitzer.
Le fuselage et l'empennage étaient en tubes d'acier soudés entoilés ; l'aile comportait des longerons et des nervures en bois, un bord d'attaque en contreplaqué et un revêtement en toile. L'empennage et les gouvernes furent repris tels quels du M-2, ce qui rendait l'avion à peine stable et fatigant à piloter : il dérivait sans cesse en tangage, en roulis et en lacet. Lindbergh écrivit plus tard que cette instabilité l'avait justement aidé à rester éveillé pendant le long vol. Le poids fut réduit partout où c'était possible : pas de radio, pas de parachute, pas de jauge à carburant, et le pilote était assis sur un simple siège en osier.
Carburant et poste de pilotage
L'avion emportait environ 1 700 litres de carburant (plus de 1 230 kg) répartis dans cinq réservoirs : un grand réservoir principal et un réservoir avant dans le fuselage, et trois réservoirs dans l'aile. À la demande de Lindbergh, le réservoir principal fut placé devant le poste de pilotage, entre le moteur et le pilote, pour améliorer le centrage et éviter que celui-ci ne soit écrasé entre le moteur et le réservoir en cas d'accident. En conséquence, il n'y avait aucun pare-brise : Lindbergh ne pouvait voir devant lui qu'à l'aide d'un petit périscope escamotable situé à gauche, ou en faisant dériver l'avion pour regarder par les fenêtres latérales, ce dont il avait l'habitude sur les avions postaux.
Le tableau de bord comprenait un anémomètre, un altimètre, un compte-tours, un indicateur de virage et d'inclinaison, des manomètres et thermomètre d'huile, un manomètre d'essence, une horloge à huit jours et un compas liquide, monté derrière le pilote et lu à l'aide d'un miroir. L'instrument le plus moderne était un compas à induction terrestre Pioneer, qui permettait une navigation précise au-dessus de l'océan : Lindbergh atteignit la côte irlandaise à quelques kilomètres seulement de sa route prévue. Le poste de pilotage était minuscule : environ 91 cm de large, 81 cm de long et 132 cm de haut.
Moteur
Lindbergh tenait à un Wright J-5C Whirlwind, moteur en étoile à neuf cylindres refroidi par air conçu par Charles Lawrance, d'une puissance d'environ 223 ch (166 kW). Le Whirlwind était réputé pour sa fiabilité et sa sobriété, et ses culbuteurs étaient lubrifiés pour de longues durées, évitant le graissage régulier exigé par les autres moteurs de l'époque. Le moteur (numéro de série 7331) fut assemblé à l'usine Wright de Paterson (New Jersey) par Thomas Rutledge et entraînait une hélice métallique bipale Standard Steel. La casserole d'hélice d'origine se fissura pendant le vol vers New York et fut remplacée sur place avant la traversée de l'Atlantique.
Essais et record transcontinental
Le Spirit of St. Louis effectua son premier vol le 28 avril 1927 depuis Dutch Flats, près de l'usine Ryan de San Diego, suivi d'une vingtaine de vols d'essai, dont des décollages avec des charges de carburant croissantes. Le 10 mai 1927, Lindbergh décolla de Rockwell Field, sur North Island, et rejoignit Saint-Louis de nuit en 14 h 25, un record pour cette distance. Le lendemain, il poursuivit jusqu'à Curtiss Field, à Long Island : son temps de vol total de 21 h 40 d'une côte à l'autre établit un nouveau record transcontinental.
La traversée de l'Atlantique
Après plusieurs jours de mauvais temps, Lindbergh décolla d'un Roosevelt Field boueux le 20 mai 1927 à 7 h 52, l'avion surchargé frôlant les fils téléphoniques en bout de piste. Il longea les côtes de la Nouvelle-Angleterre et de la Nouvelle-Écosse, survola Terre-Neuve au crépuscule, puis traversa l'océan de nuit en luttant contre le brouillard, le givrage et la fatigue. Il atteignit l'Irlande l'après-midi suivant, survola le sud de l'Angleterre et Cherbourg, et se posa au Bourget le 21 mai à 22 h 22 (heure de Paris), où une foule de plus de 100 000 personnes envahit le terrain. Des chasseurs de souvenirs arrachèrent des morceaux de toile avant que l'avion puisse être protégé. Il restait environ 320 litres de carburant dans les réservoirs.
Après un séjour à Paris, Lindbergh rejoignit Bruxelles (Evere) avec le Spirit le 28 mai, puis Londres (Croydon) le lendemain. L'avion fut ensuite démonté et ramené aux États-Unis à bord du croiseur USS Memphis, envoyé par le président Calvin Coolidge. Le 11 juin 1927, Lindbergh et son avion furent accueillis triomphalement à Washington, où l'aviateur reçut la Distinguished Flying Cross ; le même jour, la poste émit un timbre de 10 cents « Lindbergh Air Mail », le premier timbre américain portant le nom d'une personne vivante.
Tournées de bonne volonté
Du 20 juillet au 23 octobre 1927, sous l'égide du Daniel Guggenheim Fund for the Promotion of Aeronautics, Lindbergh fit avec le Spirit of St. Louis le tour des 48 États, visitant 82 villes et parcourant quelque 35 000 km pour promouvoir l'aviation commerciale ; on estime que 30 millions de personnes virent l'avion. Le 13 décembre 1927, il relia sans escale Washington à Mexico (où il rencontra Anne Morrow, sa future épouse), puis entreprit une tournée de bonne volonté dans 16 pays d'Amérique latine et des Caraïbes, terminée par un vol sans escale de La Havane à Saint-Louis en février 1928. Les drapeaux des pays visités furent peints sur les flancs du capot moteur. En dehors de Lindbergh, seuls deux pilotes ont piloté l'avion, le major Thomas Lanphier et le lieutenant Philip R. Love, une dizaine de minutes chacun à l'été 1927.
Le 30 avril 1928, Lindbergh effectua le dernier vol du Spirit of St. Louis, de Saint-Louis à Bolling Field (Washington), et le remit à la Smithsonian Institution. En un peu moins d'un an, l'avion avait effectué 174 vols totalisant 489 heures et 28 minutes. Exposé dès le 13 mai 1928, il resta suspendu pendant 48 ans dans l'Arts and Industries Building, avant de rejoindre en 1976 le nouveau National Air and Space Museum, où il fut suspendu dans la galerie Milestones of Flight aux côtés du Bell X-1 et de SpaceShipOne.
La teinte dorée des panneaux du nez provient d'un vernis appliqué par les restaurateurs de la Smithsonian peu après l'arrivée de l'avion, afin de protéger les inscriptions peintes ; il a jauni avec le temps, mais le musée a décidé de le conserver comme élément de l'histoire de l'appareil. En 2015, le Spirit fut descendu au sol pour une conservation et un examen approfondis avant d'être de nouveau suspendu. À l'issue de la grande rénovation du musée, il est à nouveau exposé dans les galeries rouvertes en 2025.
Un seul Spirit of St. Louis fut construit, mais un second appareil quasi identique, le NYP-2, fut achevé peu après le vol pour le journal japonais Mainichi Shimbun, immatriculé J-BACC ; il établit plusieurs records japonais au début de 1928 avant d'être perdu dans un accident. Ryan (devenue B.F. Mahoney Aircraft) mit aussi à profit l'expérience du NYP pour développer le Ryan B-1 Brougham, monoplan de tourisme à cinq places doté du même Wright J-5, suivi du B-7 à six places et du C-1. Un Brougham fut offert à Lindbergh après le retrait de l'avion d'origine. La firme Ryan est également connue plus tard pour ses avions d'entraînement Ryan ST et PT.
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