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Le Kawanishi H8K est un grand hydravion à coque quadrimoteur conçu et construit par le constructeur japonais Kawanishi pour la Marine impériale japonaise, qui l'utilisa pendant la Seconde Guerre mondiale pour des missions de patrouille maritime à long rayon d'action, de reconnaissance, de bombardement et de transport, le plus souvent effectuées en solitaire au-dessus d'immenses étendues d'océan. Sa désignation dans la Marine était Hydravion de Type 2 (Nishiki Hikōtei), souvent abrégée en Nishiki Taitei (grand hydravion de Type 2) ; les Alliés lui donnèrent le nom de code "Emily".
Rapide pour sa catégorie, lourdement armé et, chose rare pour un avion japonais de l'époque, protégé par un blindage et des réservoirs en partie auto-obturants, le H8K s'attira le respect des pilotes alliés qui le rencontrèrent au-dessus du Pacifique. Il est largement considéré comme le meilleur hydravion de la guerre ; l'historien de l'aviation René Francillon le qualifiait d'avion de combat aquatique le plus remarquable de la Seconde Guerre mondiale. Seuls 167 exemplaires furent construits.
En 1938, alors que son hydravion Type 97 (H6K) entrait tout juste en service, Kawanishi reçut de la Marine un programme 13-Shi portant sur un grand hydravion aux performances nettement supérieures : environ 30 % de vitesse et 50 % d'autonomie en plus que le H6K, avec un armement défensif renforcé. Les objectifs fixés par la Marine (vitesse maximale supérieure à 440 km/h, vitesse de croisière de plus de 330 km/h et distance franchissable de plus de 8.000 km) étaient exceptionnels pour un appareil de cette taille. Pour une marine limitée par les traités navals et à laquelle il était interdit de construire des bases aériennes dans les îles sous mandat du Pacifique Sud, un hydravion capable d'opérer depuis les atolls et les lagons représentait une arme séduisante.
L'équipe de conception, dirigée par l'ingénieur Shizuo Kikuhara, déjà responsable du H6K, entama l'étude détaillée en août 1938. Elle choisit le Mitsubishi Kasei, alors le moteur en étoile japonais le plus puissant et le plus fiable, et retint une formule de monoplan à aile haute cantilever de 38 m d'envergure, avec une coque élancée mais haute, à deux ponts, une dérive unique et des flotteurs stabilisateurs fixes (des flotteurs escamotables avaient d'abord été prévus). Le dessin fut affiné par de nombreux essais en soufflerie, en bassin et de résistance. Le carburant était réparti entre huit petits réservoirs d'aile non protégés et six grands réservoirs de coque, en partie auto-obturants et équipés d'un système d'extinction au dioxyde de carbone ; l'équipage bénéficiait d'un confort rare dans un avion de combat de l'époque, avec couchettes de repos, cuisine et l'une des premières toilettes à chasse d'eau installées à bord d'un hydravion.
Le prototype fut achevé à l'usine de Kōnan fin décembre 1940 et effectua son premier vol en janvier 1941. Si ses performances en vol étaient excellentes, il se montra très instable sur l'eau à grande vitesse, marsouinant fortement au décollage. La coque fut approfondie d'environ 50 cm, sa carène redessinée et des lattes anti-embruns furent ajoutées sous le nez. Même après ces modifications, le H8K ne se comporta jamais aussi bien sur l'eau que le H6K, mais il lui était nettement supérieur en vol. Deux appareils de présérie rejoignirent le programme d'essais en 1941 et, le 5 février 1942, le type fut adopté sous le nom d'Hydravion Type 2 Modèle 11 (H8K1), propulsé par quatre moteurs Kasei 12 de 1.530 ch.
À partir du 18e exemplaire, la production passa au H8K2 (Modèle 12), la version définitive. Celle-ci reçut quatre moteurs Mitsubishi MK4Q Kasei 22 de 1.850 ch à injection d'eau-méthanol, une dérive modifiée, davantage de carburant et un armement défensif bien plus lourd : cinq canons de 20 mm (en tourelles motorisées de nez, dorsale et de queue, et dans les deux blisters latéraux) et quatre ou cinq mitrailleuses de 7,7 mm en trappes. Les derniers appareils de série reçurent un radar de recherche air-surface dont les antennes étaient montées sur le nez et sous les ailes, et certains virent leurs blisters latéraux remplacés par des trappes coulissantes. La charge offensive pouvait comprendre deux torpilles de 800 kg, huit bombes de 250 kg ou seize bombes ou grenades sous-marines de 60 kg, emportées sous la partie interne des ailes. Les équipages alliés surnommèrent bientôt cet appareil hérissé d'armes le "porc-épic volant".
Une version de transport, le H8K2-L Seikū ("Ciel clair"), fut produite à partir de 1943, avec un armement réduit et une capacité de 29 passagers ou 64 soldats sur deux ponts. Les recherches visant à accroître la vitesse aboutirent au H8K3, doté de flotteurs d'extrémité d'aile escamotables et d'une tourelle dorsale rétractable ; les deux prototypes furent ensuite remotorisés avec des Kasei 25b sous le nom de H8K4. Aucune de ces versions ne fut produite en série, l'industrie japonaise devant donner la priorité aux chasseurs en fin de guerre.
Le H8K fit ses débuts au combat lors de l'une des missions les plus audacieuses de la guerre du Pacifique, l'opération K. Le 4 mars 1942, deux H8K1 menés par le lieutenant Hisao Hashizume décollèrent de l'atoll de Wotje, dans les îles Marshall, avec chacun quatre bombes de 250 kg. Après environ 3.000 km de vol, ils se posèrent de nuit aux French Frigate Shoals, dans le nord-ouest de l'archipel d'Hawaï, où ils furent ravitaillés par les sous-marins I-15 et I-19, puis repartirent vers Pearl Harbor, à quelque 900 km. Une épaisse couche nuageuse et le black-out d'Oahu empêchèrent tout bombardement précis : les bombes de Hashizume tombèrent sur les pentes du mont Tantalus, à environ 300 m du lycée Roosevelt d'Honolulu, brisant des vitres sans faire de victimes, tandis que celles du second appareil tombèrent probablement en mer. Les deux équipages regagnèrent sans encombre les îles Marshall, Hashizume poursuivant jusqu'à Jaluit car sa coque avait été endommagée lors du décollage des French Frigate Shoals. Un second raid prévu en mai 1942, dans le cadre des préparatifs de la bataille de Midway, dut être annulé lorsque les sous-marins trouvèrent les French Frigate Shoals gardés par des navires de guerre américains.
Le 10 mars 1942, un H8K envoyé en reconnaissance au-dessus de Midway fut intercepté et abattu par des chasseurs Brewster F2A Buffalo de l'escadrille VMF-221 du Corps des Marines ; tout son équipage périt.
Le H8K2 servit ensuite dans tout le Pacifique et au-dessus de l'océan Indien, des îles Marshall et Gilbert aux Salomon, à la Nouvelle-Guinée et aux Indes néerlandaises, effectuant des reconnaissances à long rayon d'action, des escortes de convois, des patrouilles anti-sous-marines, des bombardements de nuit et des missions de liaison, souvent avec l'appui de ravitailleurs d'hydravions comme l'Akitsushima. Sa vitesse lui permettait d'échapper à de nombreux chasseurs, et son blindage, ses réservoirs auto-obturants et ses puissants canons de 20 mm en faisaient un adversaire redoutable : en novembre 1943, un H8K attaqué par trois chasseurs P-38 Lightning parvint à regagner sa base avec deux moteurs arrêtés, après avoir abattu l'un d'eux. Avec la montée en puissance de la supériorité aérienne américaine, les hydravions subirent toutefois des pertes croissantes en vol, notamment face aux bombardiers de patrouille PB4Y-1 Liberator de l'US Navy, ainsi qu'à leur mouillage lors des raids aériens.
Le H8K servit aussi au transport d'officiers supérieurs. Le 31 mars 1944, le commandant en chef de la Flotte combinée, l'amiral Mineichi Koga, disparut dans un typhon à bord d'un H8K qui reliait Palau à Davao ; un second hydravion transportant son chef d'état-major, le vice-amiral Shigeru Fukudome, s'abîma au large de Cebu, et les plans d'opérations qu'il emportait tombèrent aux mains de guérilleros philippins, puis des Américains.
En août 1945, seuls cinq H8K et six transports Seikū étaient encore en état de vol, et la plupart furent perdus dans des accidents ou détruits en quelques jours.
Le H8K est souvent comparé à ses homologues alliés : légèrement plus grand que le Short Sunderland, il était plus rapide d'environ 110 km/h et bien plus lourdement armé, et plus rapide de plus de 160 km/h que le Consolidated PBY Catalina, pour une charge utile comparable. Moins de 170 exemplaires furent construits, contre environ 750 Sunderland et plus de 3.000 Catalina. L'expérience de Kawanishi en matière de grands hydravions fut plus tard transmise, par l'intermédiaire de son successeur Shin Meiwa, aux Shin Meiwa PS-1 et US-1 puis au ShinMaywa US-2.
Le seul H8K subsistant est le H8K2 numéro de construction 426, construit à l'usine de Kōnan à Kobe et livré en 1943. Après avoir servi dans les 801e et 802e Kōkūtai, il fut affecté en avril 1945 au groupe aérien de Takuma, sur l'île de Shikoku, avec le code de queue T-31. Remis aux Américains en septembre 1945, il fut réparé par des mécaniciens japonais, convoyé en vol jusqu'à Yokohama, puis expédié aux États-Unis à bord du porte-avions d'escorte USS Anzio. Peint aux couleurs américaines, il fut évalué à la base aéronavale de Whidbey Island puis au centre d'essais de l'aéronavale de Patuxent River en 1946-1947, fournissant des informations utiles aux projets d'hydravions américains, avant d'être stocké à Norfolk, où il resta longtemps exposé près de l'une des entrées de la base.
En 1979, à la demande du Musée des sciences maritimes de Tokyo, l'appareil fut rendu au Japon. Restauré, il fut exposé en plein air à côté du musée à partir de juillet 1980. En 2004, il fut démonté et transféré au musée de la base aérienne de Kanoya de la Force maritime d'autodéfense japonaise, dans la préfecture de Kagoshima, où il est exposé en extérieur.
Plusieurs épaves reposent par ailleurs dans le Pacifique, notamment dans le lagon de Tanapag au large de Saipan, site de plongée apprécié, et dans le lagon de Chuuk (Truk).
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