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Le Junkers Ju 388 Störtebeker est un avion militaire polyvalent allemand de la Seconde Guerre mondiale, dérivé du Junkers Ju 88 par l'intermédiaire du Junkers Ju 188. Il se distinguait de ses prédécesseurs par sa conception destinée au vol à très haute altitude, avec une cabine pressurisée pour l'équipage. Prévu comme chasseur lourd et chasseur de nuit (Ju 388 J), bombardier de haute altitude (Ju 388 K) et avion de reconnaissance photographique (Ju 388 L), il arriva très tard dans la guerre ; les difficultés de production et la dégradation de la situation de l'Allemagne firent qu'une centaine d'exemplaires seulement furent construits. Son nom rappelle Klaus Störtebeker, célèbre pirate allemand de la fin du XIVe siècle.
Le Ju 388 naquit en grande partie des inquiétudes allemandes face aux bombardiers lourds alliés, rapides et volant à haute altitude. Le Reichsluftfahrtministerium (RLM), le ministère de l'Air du Reich, apprit l'existence du Boeing B-29 Superfortress américain à la fin de 1942, et les craintes quant à ses capacités s'aggravèrent au début de 1944. Un tract de propagande américain en langue allemande daté du 29 février 1944 faisait allusion à ce nouveau bombardier, et le 11 mars 1944 le YB-29 « Hobo Queen » fit une apparition très médiatisée en Angleterre. Les estimations allemandes attribuaient au B-29 une vitesse de croisière d'environ 360 km/h entre 8 000 et 10 000 m, une altitude où aucun avion de la Luftwaffe n'était vraiment efficace et que seul le canon antiaérien de 12,8 cm FlaK 40, rarement déployé, pouvait atteindre.
Pour contrer cette menace, la Luftwaffe avait besoin de nouveaux chasseurs de jour et de destructeurs de bombardiers aux performances très supérieures en haute altitude. Le Focke-Wulf Ta 152H fut retenu comme chasseur monoplace de haute altitude, avec le Messerschmitt Me 155B et le Dornier Do 335 comme solutions de rechange. Les bimoteurs Focke-Wulf Ta 154 et Heinkel He 219 n'avaient pas la voilure nécessaire pour la très haute altitude, et les versions de haute altitude Ju 88 S et T n'offraient pas non plus les performances voulues. Junkers étudiait cependant des versions de haute altitude du Ju 188, désignées Ju 188 J, K et L. Elles furent retenues pour le développement et rebaptisées Ju 388.
Le Ju 388 conservait la configuration générale du Ju 188, mais reçut une cabine pressurisée sans décrochement, englobant tout le nez avec moins de panneaux vitrés que celle du Ju 188, ainsi qu'un dégivrage des ailes et des gouvernes de profondeur pour les longs vols à très haute altitude. Selon le Smithsonian, sa conception fut dirigée par Bernhard Cruse, qui avait déjà mis au point le Ju 188.
Pour améliorer les performances, presque tout l'armement défensif fut supprimé. Les armes à commande manuelle disposées autour du poste d'équipage du Ju 88 furent remplacées par une unique tourelle de queue télécommandée (Hecklafette) armée de deux mitrailleuses MG 131 de 13 mm, pointée depuis le poste de pilotage au moyen d'un viseur périscopique. Cette tourelle offrant un excellent champ de tir directement vers l'arrière, la gondole ventrale « Bola » située sous le nez du Ju 88 et du Ju 188 fut supprimée, ce qui améliora l'aérodynamique.
L'avion devait être produit en trois versions, J, K et L, chacune proposée avec trois motorisations :
Le Jumo 222 n'ayant jamais dépassé le stade du développement (un peu moins de 300 exemplaires construits), seuls le BMW 801 et le Jumo 213 furent réellement montés sur le Ju 388. Avec l'un ou l'autre, les versions de chasse devaient atteindre environ 616 km/h, soit quelque 25 km/h de moins en version de chasse de nuit à cause des antennes radar et de l'installation Schräge Musik ; avec le Jumo 222, on espérait environ 700 km/h. C'était une vitesse comparable à celle des chasseurs de nuit existants, mais le Ju 388 la conservait à bien plus haute altitude.
Le premier prototype, le Ju 388 L-0/V7, construit principalement à partir d'éléments de série du Ju 188, effectua son premier vol le 22 décembre 1943. Grâce à ses empennages agrandis, il se montra plus maniable en altitude que le Ju 88 S, et nettement plus stable en lacet que le Ju 88, même si les pilotes américains jugèrent plus tard ses qualités à l'atterrissage moins bonnes. Six autres prototypes suivirent, deux pour chaque version. Les retards de livraison des moteurs freinèrent la production et, lorsque ceux-ci furent disponibles, il était clair que les B-29 étaient envoyés dans le Pacifique et n'apparaîtraient pas au-dessus de l'Allemagne. Le besoin en versions J et K s'estompa, et la production se concentra sur la version de reconnaissance L.
Les livraisons commencèrent en août 1944, mais peu d'avions furent achevés. Le total est difficile à établir, car certains avions de présérie servirent de prototypes, d'autres furent détruits par les bombardements, et plusieurs archives sont incomplètes ou contradictoires. Les chiffres suivants sont généralement admis :
Un deuxième lot de 10 K-0 fut partiellement achevé et un troisième lot de 30 était prévu, dont quelques-uns seulement furent terminés, tandis qu'un nombre inconnu de L-1 et de J se trouvaient à un stade de fabrication avancé à la fin de la guerre. Au total, environ 100 Ju 388 furent construits (le Smithsonian avance un chiffre plus élevé : 176 avions achevés dans le cadre du programme « Hubertus », principalement par ATG à Leipzig-Mockau et par Henschel à Schönefeld, mais seulement 23 reçus par la Luftwaffe).
En août 1944, le général de division japonais Osamu Otani, en poste à Berlin, manifesta son intérêt pour une production sous licence du Ju 388. Des jeux complets de plans et les droits de licence auraient été remis, mais rien ne prouve que les documents soient jamais parvenus au Japon, et Otani fut capturé à Berlin en mai 1945.
Le Ju 388 fut surtout utilisé par des unités d'essais : l'Erprobungskommando Ju 388, et la 3e Staffel du Versuchsverband OKL, qui employa le Ju 388 V32 (W.Nr. 300 295, T9+DL). Quelques missions de reconnaissance furent effectuées dans les derniers jours de la guerre, généralement attribuées à des versions L. Quatre chasseurs de nuit de présérie Ju 388 J-0 furent mis en œuvre à titre expérimental par le Nachtjagdgeschwader 2 (NJG 2) en avril et mai 1945.
Après la guerre, plusieurs Ju 388 furent évalués par les Alliés. Le Ju 388 L-1 V6 (W.Nr. 500006, PE+IF), dernier des six prototypes, fut capturé au centre d'essais d'armement de Tarnewitz, sur la côte de la Baltique, et convoyé à Farnborough, où il arriva le 1er septembre 1945. Immatriculé « 83 » par l'Air Ministry, il fut présenté à l'exposition des avions allemands de Farnborough en octobre et novembre 1945, puis ferraillé à Cranfield vers 1950.
Un seul Ju 388 subsiste. Le Ju 388 L-1 Werknummer 560049 était le huitième avion construit à l'usine de Nordenham de la Weser Flugzeugbau, avec des éléments fabriqués par ATG à Altenburg et par la Niedersächsische Metallwerke à Hambourg-Harburg. Achevé au début de 1945, il fut capturé par les troupes américaines à l'usine Junkers de Merseburg en mai 1945. Il fut ensuite convoyé à Kassel/Waldau et évalué par les « Watson's Whizzers » du colonel Harold E. Watson dans le cadre de l'opération Lusty. Le 17 juin 1945, il gagna Cherbourg par la voie des airs puis, dans le cadre du « Project Sea Horse », fut embarqué pour les États-Unis à bord du porte-avions d'escorte britannique HMS Reaper avec d'autres avions allemands capturés.
Après remontage, il fut convoyé à Freeman Field (Indiana), où il participa à une démonstration pour la presse en septembre 1945, puis effectua 10 heures d'essais en vol à Wright Field, à Dayton (Ohio), sous le numéro d'évaluation FE-4010 (plus tard T2-4010). Présenté au meeting aérien de Wright Field en 1946, il fut transféré le 26 septembre 1946 à l'aéroport d'Orchard Place à Park Ridge (Illinois), ancienne usine de Douglas C-54 servant de dépôt. Donné au National Air Museum du Smithsonian le 3 janvier 1949, il arriva à Silver Hill (Maryland) pour y être stocké en novembre 1954. Il est aujourd'hui conservé démonté au Paul E. Garber Facility en attente de restauration ; il est en assez bon état, avec un poste de pilotage et des instruments complets.
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