Maurice Boyau
Maurice Jean-Paul Boyau (8 mai 1888, Mustapha, Algérie - 16 septembre 1918, Harville, Meuse) est un joueur de rugby à XV international et un as de l'aviation française de la Première Guerre mondiale. Capitaine de l'équipe de France de rugby en 1913, il devient pendant la guerre l'un des plus redoutables « chasseurs de ballons » (« balloon busters ») du conflit. Crédité de 35 victoires homologuées, dont 21 ballons d'observation, il est le cinquième as français de la Grande Guerre, derrière René Fonck, Georges Guynemer, Charles Nungesser et Georges Madon.
Jeunesse et carrière sportive
Maurice Boyau naît à Mustapha, dans la banlieue d'Alger, au sein d'une famille de colons aisés ; son père est entrepreneur. La famille quitte assez tôt l'Algérie et s'installe en 1907 à Saint-Paul-lès-Dax, village d'origine du père. Inscrit à l'état civil sous le patronyme Johannès, il est autorisé par décret du 30 novembre 1912 à porter officiellement le nom de Boyau, sous lequel il est déjà connu du public.
Grand pour l'époque (1,81 m), athlète complet, il pratique la course à pied, le saut, la boxe et surtout le cyclisme, où il remporte de nombreuses courses, avant de se consacrer au rugby. Troisième ligne aile rapide et puissant, capable également de buter, il joue à l'US Dax, dont il est le capitaine en 1908-1909. Lors de son service militaire au 144e régiment d'infanterie de Bordeaux, il rejoint le Stade bordelais Université Club (SBUC), avec lequel il remporte le championnat de France en avril 1911 (victoire 14-0 sur le SCUF, Boyau transformant l'un des essais).
Sélectionné en équipe de France, il dispute six matches internationaux : quatre lors du Tournoi des Cinq Nations 1912 (Irlande, Écosse, Pays de Galles et Angleterre) et deux en 1913 (Pays de Galles, puis Irlande à Cork, où il est capitaine d'une équipe de France nettement battue, 24-0). Pendant la guerre, il continue à jouer lorsque son service le permet, notamment au Racing Club de France, et devient capitaine de l'équipe de France militaire. Le 10 février 1918, il conduit l'équipe du Nord à la victoire (31-10) face au Sud.
Débuts dans l'aviation
Mobilisé en août 1914, il sert d'abord dans l'infanterie coloniale dans les Vosges, puis comme conducteur au 18e escadron du train des équipages. Peu satisfait de ce poste à l'arrière, il demande à plusieurs reprises son passage dans l'aviation, qu'il obtient fin 1915. Il reçoit son brevet de pilote le 28 novembre 1915, mais ses supérieurs le gardent près de huit mois comme moniteur à l'école de pilotage de Buc.
À force d'insistance, il est affecté en septembre 1916, avec le grade de caporal, à l'escadrille N 77, qui vient d'être formée à Lyon-Bron et qui est envoyée sur le front de Lorraine, près de Toul, en soutien de la VIIIe Armée. Elle est surnommée « l'escadrille des Sportifs » en raison du grand nombre d'athlètes qui y servent, et a pour insigne un fanion triangulaire frappé d'une croix de Lorraine. Boyau y vole d'abord sur Nieuport 17, dont le fuselage blanc est orné d'un grand dragon vert serpentant sur toute sa longueur. Promu sergent en décembre 1916, il passe ensuite sur SPAD VII lorsque l'unité est rééquipée et devient l'escadrille SPA 77.
Le chasseur de ballons
Il remporte sa première victoire le 16 mars 1917 sur un biplace allemand près de Metz. Le 23 mars, il bombarde à très basse altitude les hangars du terrain de Marimbois, ce qui lui vaut une citation. Il se spécialise rapidement dans l'attaque des ballons captifs d'observation allemands, les « Drachen » : très exposées, défendues par une forte artillerie antiaérienne et par des patrouilles de chasse, ces missions comptent parmi les plus dangereuses de l'aviation de combat.
Le 5 juin 1917, après une mission photographique au-dessus de Sarrebourg, il incendie un Drachen malgré la DCA. Victime d'une panne d'essence, il doit se poser dans une prairie en territoire ennemi ; alors que deux automitrailleuses allemandes s'approchent pour le capturer, il parvient à redécoller in extremis et à regagner les lignes françaises. Devenu as en juin 1917, il reçoit la Médaille militaire le 27 juin. Le 1er octobre 1917, il atteint sa dixième victoire, dont six ballons, et est fait chevalier de la Légion d'honneur ; il est promu sous-lieutenant peu après. À la fin de 1917, il est le meilleur spécialiste français de la chasse aux ballons.
En 1918, l'escadrille est rattachée successivement au Groupe de Combat 17, au GC 13 puis à l'Escadre de Combat n° 2. Boyau, désormais sur SPAD XIII (portant le numéro individuel 9), fait installer au printemps des fusées Le Prieur sur les mâts d'entreplan de son appareil pour attaquer les ballons. Il connaît ses plus grands succès pendant les offensives de l'été 1918 : quatre victoires en juin, neuf en juillet et trois en août, sur des ballons mais aussi sur des chasseurs Albatros D.V, Pfalz D.III et Fokker D.VII ou des biplaces Rumpler. Le 22 juillet 1918, il abat un avion et deux ballons dans la journée et reçoit la rosette d'officier de la Légion d'honneur. Nombre de ses victoires sont partagées avec ses camarades de la SPA 77, dont Gilbert Sardier, Marcel Haegelen, Francis Guerrier et son chef d'escadrille Henry Decoin.
Disparition
Pendant l'offensive de Saint-Mihiel, Boyau détruit trois ballons les 14 et 15 septembre 1918. Le 16 septembre, il attaque un nouveau Drachen près de Harville, à une dizaine de kilomètres derrière les lignes, et l'incendie : c'est sa 35e victoire. Au retour, en tentant de dégager un SPAD de son escadrille attaqué par un Fokker D.VII, il est pris à partie par le chasseur allemand et par des tirs venus du sol. Son SPAD s'écrase en flammes. Les Allemands attribuent sa chute au Leutnant Georg von Hantelmann de la Jasta 15, tandis que le témoignage français évoque plutôt le tir terrestre. Ni son corps ni son avion ne sont retrouvés. Il avait 30 ans.
Le samedi suivant sa disparition, le Racing Club de France, dont il devait être le capitaine, dispute son match à quatorze joueurs, son poste de troisième ligne étant laissé vacant en sa mémoire.
Bilan
Maurice Boyau totalise 35 victoires homologuées en 18 mois de combat : 21 ballons (dont 14 partagés) et 14 avions (dont 4 partagés), ainsi que des victoires probables. Il se classe au cinquième rang des as français de la Première Guerre mondiale et parmi les meilleurs chasseurs de ballons du conflit, aux côtés du Belge Willy Coppens, de l'Américain Frank Luke et de ses compatriotes Léon Bourjade et Michel Coiffard.
Distinctions
- Officier de la Légion d'honneur (juillet 1918) ; chevalier le 1er octobre 1917.
- Médaille militaire (27 juin 1917).
- Croix de guerre 1914-1918 avec de nombreuses palmes.
Hommages
- Une statue en bronze du sculpteur François Cogne, le représentant en tenue d'aviateur, le bras tendu vers le ciel, est inaugurée à Dax en 1924 grâce à une souscription publique. Placée d'abord dans le parc Théodore-Denis, elle se dresse aujourd'hui à l'entrée du stade de l'US Dax. Une statuette le représentant en rugbyman, plusieurs fois volée, est placée dans sa main lors des commémorations du 11 novembre.
- Le stade de l'US Dax, ouvert en 1958, porte son nom : le stade Maurice-Boyau.
- En 2018, pour le centenaire de sa mort, La Poste émet un timbre de poste aérienne à son effigie et à celle de Michel Coiffard.
- En septembre 2018, l'école de Saint-Félix-de-Sorgues (Aveyron) est baptisée de son nom.
Sources : Wikipédia (en anglais et en français) ; Gareth Morgan, « The Balloon-Busting Flanker », Western Front Association (2015) ; World Rugby Museum, « Lest We Forget - Maurice Boyau » (2018) ; as14-18.net ; Jean-Marc Binot, « Maurice Boyau, pilote rugbyman », Privat (2018).
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