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Les Loire-Nieuport LN.40, LN.401 et LN.411 forment une famille de bombardiers en piqué monoplaces français conçus à la fin des années 1930 pour l'Aéronautique navale. En raison de son aile en mouette inversée et de sa mission, l'appareil fut souvent surnommé le « Stuka français », par référence au Junkers Ju 87 allemand. Le LN.401 était la version embarquée, destinée au porte-avions Béarn, tandis que le LN.411 était une version terrestre dépourvue d'équipements navals. Tous deux furent engagés dans la bataille de France en mai et juin 1940, où ils subirent de très lourdes pertes face à la DCA allemande.
Le Nieuport 140
Entre 1932 et 1936, Nieuport-Delage développa pour la Marine un bombardier en piqué biplace, le Nieuport Ni.140, dessiné par l'ingénieur Pillon. Il fut rebaptisé Loire-Nieuport LN.140 après la fusion de Nieuport avec Loire Aviation en 1933, qui donna naissance à Loire-Nieuport. Le premier des deux prototypes vola le 12 mars 1935, propulsé par un moteur Hispano-Suiza 12Xcrs de 690 ch. Le 8 juillet 1935, lors d'un essai en piqué, le moteur s'arrêta à la suite d'un emballement de l'hélice à pas fixe ; le pilote, René Paulhan, se posa en catastrophe et s'en tira avec des blessures légères, mais l'avion ne fut pas réparé. Le second prototype s'écrasa en 1936, son pilote Jean Decaux n'ayant pu redresser à la sortie d'un piqué. Aucune cause technique ne fut jamais trouvée et le programme LN.140 fut abandonné.
Le LN.40
Les travaux se reportèrent sur le LN.40, un appareil plus fin inspiré du fuselage du chasseur Nieuport 161. Il conservait l'aile en mouette inversée du LN.140, mais n'avait plus qu'un seul membre d'équipage, une structure entièrement métallique et des jambes de train principal s'escamotant vers l'arrière dans des carénages placés sous l'aile. Pour faciliter son emploi à bord, ses ailes étaient repliables. Au second semestre 1937, la Marine commanda un prototype, suivi de sept appareils de présérie destinés au Béarn, tandis que trois autres étaient commandés pour une évaluation opérationnelle par l'Armée de l'air. Celle-ci s'intéressait aussi à une version terrestre, le LN.41 : les premiers plans prévoyaient 184 appareils pour équiper six escadrilles de 18 avions, plus les réserves.
Construit par la SNCAO (Société nationale des constructions aéronautiques de l'Ouest), société nationalisée qui avait absorbé Loire-Nieuport en 1936, le prototype LN.40 effectua son premier vol le 6 juillet 1938. Le deuxième appareil suivit en janvier 1939 et le troisième en mai 1939, et quatre avions de présérie furent livrés en juillet 1939. L'appareil réussit ses essais d'appontage à bord du Béarn. Les essais en vol montrèrent que les aérofreins d'origine, formés par la partie inférieure de la gouverne de direction s'ouvrant en deux, étaient inefficaces : ils furent supprimés et c'est le train principal sorti, avec ses larges carénages, qui servit d'aérofrein. De petites dérives furent également ajoutées aux extrémités du plan fixe horizontal pour améliorer la stabilité de route en piqué. L'avion ne pouvait pas effectuer d'attaque en piqué avec les réservoirs pleins et l'Armée de l'air le jugea trop lent, réclamant un bombardier en piqué plus rapide, qui allait devenir le LN.42.
La bombe était suspendue sous le fuselage à une fourche pivotante qui l'écartait du disque de l'hélice lors du largage. L'armement comprenait un canon Hispano-Suiza HS.404 de 20 mm tirant à travers le moyeu de l'hélice et deux mitrailleuses Darne de 7,5 mm dans les ailes.
Production
En juillet 1939, Loire-Nieuport reçut des commandes portant sur 36 LN.401 embarqués pour la Marine et 36 LN.411 pour l'Armée de l'air. Le LN.411 était presque identique au LN.401, si ce n'est la suppression de la crosse d'appontage, du mécanisme de repliage des ailes et des ballonnets de flottaison de secours. Les premiers LN.411 furent livrés en septembre 1939, mais le général Vuillemin refusa l'appareil pour l'Armée de l'air en octobre 1939, et les avions furent cédés à la Marine, pour qui ils constituèrent un renfort bienvenu, la production du LN.401 étant très lente.
Loire-Nieuport tenta aussi de développer une version plus rapide en remplaçant l'Hispano-Suiza 12Xcrs de 690 ch par un Hispano-Suiza 12Y-31 de 860 ch. Ce LN.402 vola pour la première fois le 18 novembre 1939 et atteignit 378 km/h à 4.000 m, mais la défaite française mit fin à son développement. L'ultime évolution, le LN.42, abandonnait l'aile en mouette inversée et les dérives d'extrémité au profit d'une aile plus petite et d'un Hispano-Suiza 12Y-51 de 1.100 ch. Il fit son premier vol en juin 1940, trop tard pour la guerre, et fut caché aux Allemands. Ses essais reprirent le 24 août 1945 et se poursuivirent jusqu'en 1947, mais l'appareil était alors dépassé et ne fut construit qu'à un seul exemplaire.
Deux escadrilles de l'Aéronautique navale, l'AB 2 et l'AB 4, furent transformées sur LN.401 et LN.411 entre la fin de 1939 et le début de 1940. L'AB 2 reçut ses premiers LN.401 en novembre 1939, tandis que l'AB 4, formée à Lanvéoc-Poulmic, reçut à partir de février 1940 les LN.411 refusés par l'Armée de l'air et devint opérationnelle en avril 1940 à Berck. Quelques avions de présérie avaient aussi été utilisés durant l'été 1939 par l'escadrille de chasse AC 1.
Lorsque l'offensive allemande débuta le 10 mai 1940, les deux escadrilles furent engagées dans des missions d'attaque au sol contre les colonnes motorisées et les concentrations de troupes allemandes. Du 15 au 17 mai, l'AB 2 effectua quelque 27 sorties sans perte contre des objectifs situés sur l'île de Walcheren et au Sud-Beveland, aux Pays-Bas, aux côtés des bombardiers en piqué Vought V-156F de l'AB 1. Le soir du 19 mai, une vingtaine de LN.401 et LN.411 des AB 2 et AB 4 attaquèrent les blindés allemands embouteillés au carrefour de Berlaimont. L'escorte promise de Hurricanes ne se présenta pas et les bombardiers en piqué se heurtèrent à une DCA intense : dix des vingt appareils furent perdus et sept des survivants étaient trop endommagés pour revoler. Le lendemain, 20 mai, trois LN.401 détruisirent le pont d'Origny-Sainte-Benoîte, sur l'Oise, au prix d'un avion abattu. La production ne permit pas de combler les pertes et, après environ un mois de combats, les deux escadrilles avaient perdu les deux tiers de leurs effectifs.
Les survivants, renforcés par quelques appareils neufs, furent repliés sur Hyères, sur la côte méditerranéenne, après l'entrée en guerre de l'Italie le 10 juin 1940. De là, ils effectuèrent des missions de reconnaissance et d'escorte de convois et, dans la nuit du 17 au 18 juin 1940, treize appareils attaquèrent des navires italiens dans le port d'Imperia.
Après l'armistice avec l'Allemagne, les AB 2 et AB 4 reçurent l'ordre de rejoindre Bône, en Algérie. Deux LN.411 se posèrent en catastrophe dans le sud de la Sardaigne pendant le convoyage ; l'un d'eux fut remis en état de vol et évalué par les Italiens. À leur arrivée en Afrique du Nord, les bombardiers en piqué restants furent démontés et stockés, et les deux escadrilles, rebaptisées 2AB et 4AB, furent rééquipées de bombardiers Martin 167F.
À partir de mars 1942, quelque 24 LN.401 et LN.411 furent assemblés à Châteauroux à partir d'éléments déjà construits, pour les forces de Vichy. Douze d'entre eux, transférés à Hyères, furent saisis par les Allemands en novembre 1942, tandis que les autres, envoyés à Bizerte-Karouba en Tunisie, furent détruits lors de raids aériens alliés en 1943.
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