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L'Aichi E13A (nom de code allié « Jake ») est un hydravion triplace de reconnaissance à long rayon d'action conçu par Aichi Tokei Denki KK pour la Marine impériale japonaise, qui le désignait « hydravion de reconnaissance de la Marine Type 0 » (Rei-shiki suijô teisatsuki, souvent abrégé en « Reisu »). Construit à 1.418 exemplaires entre 1940 et 1945, il fut numériquement l'hydravion le plus important de la Marine japonaise. Embarqué sur croiseurs, cuirassés et transports d'hydravions ou basé à terre, il servit pendant toute la guerre du Pacifique, des reconnaissances précédant l'attaque de Pearl Harbor jusqu'aux missions kamikazes de 1945.
En 1937, la Marine émit une spécification 12-Shi pour un hydravion biplace à deux flotteurs destiné à remplacer le Kawanishi E7K. Aichi, Kawanishi et Nakajima furent sollicités ; Aichi construisit l'E12A et Nakajima l'E12N. Plus tard la même année, la Marine publia toutefois une seconde spécification pour un hydravion triplace plus grand, plus rapide et doté d'une plus grande autonomie, qui rendit la première caduque. Kawanishi y répondit avec l'E13K à flotteur central, tandis que l'équipe d'Aichi, dirigée par Kishiro Matsuo, mit au point l'E13A (désignation constructeur AM-19), qui était essentiellement une version agrandie et plus puissante de l'E12A.
L'E13A était un monoplan à aile basse entièrement métallique, aux gouvernes entoilées, dont l'allure générale rappelait celle du bombardier en piqué embarqué Aichi D3A. Ses ailes se repliaient pour le stockage à bord, il reposait sur deux grands flotteurs à un redan et ses trois membres d'équipage (pilote, observateur-navigateur et radio-mitrailleur) étaient installés en tandem sous une longue verrière. Il était propulsé par un moteur en étoile Mitsubishi Kinsei 43 à quatorze cylindres de 1.060 ch entraînant une hélice métallique tripale. Son importante capacité en carburant lui conférait une autonomie pouvant atteindre 15 heures, mais au détriment de la protection : l'appareil ne disposait ni de blindage pour l'équipage ni de réservoirs auto-obturants, et son armement défensif se limitait à une mitrailleuse mobile de 7,7 mm dans le poste arrière.
Le prototype effectua son premier vol fin 1938, à peu près en même temps que l'E12A. Lors des essais comparatifs du constructeur, l'E13A se révéla supérieur, son surpoids étant largement compensé par un moteur plus puissant, et Aichi abandonna le biplace. En 1940, les pilotes de la Marine l'évaluèrent face au Kawanishi E13K, qui offrait certains avantages mais se montrait plus difficile à mettre en œuvre. En décembre 1940, le projet d'Aichi fut déclaré vainqueur et commandé en série sous le nom d'hydravion de reconnaissance de la Marine Type 0 Modèle 1 (devenu ensuite Modèle 11).
Aichi construisit 133 exemplaires entre 1940 et 1942 et le 11e arsenal aéronaval de Hiro (Dai-Juichi Kaigun Kokusho) 48 autres. Les chaînes d'Aichi étant nécessaires à d'autres programmes, l'essentiel de la production (1.237 appareils) fut confié à Kyushu Hikoki KK (appelé Watanabe Tekkosho jusqu'en 1943), qui le construisit de 1942 jusqu'à la fin de la guerre, portant le total à 1.418 exemplaires.
Chine
Les premiers E13A1 furent livrés en 1941 aux croiseurs et transports d'hydravions opérant au large des côtes chinoises pendant la guerre sino-japonaise. Leur baptême du feu consista en des bombardements de la voie ferrée Canton-Hankou et des patrouilles contre la navigation.
Pearl Harbor
Peu avant l'attaque, l'E13A rejoignit la 8e division de croiseurs (Tone et Chikuma), qui escortait la force d'attaque de porte-avions de l'amiral Nagumo. Avant l'aube du 7 décembre 1941, chaque croiseur catapulta un E13A1 pour une dernière reconnaissance du mouillage de Pearl Harbor et de la rade de Lahaina, au large de Maui. Rompant le silence radio observé depuis le départ de la flotte, l'appareil du Chikuma signala que la flotte américaine était au port, tandis que celui du Tone trouva Lahaina vide.
Midway
À Midway, en juin 1942, des E13A étaient embarqués sur les croiseurs Tone et Chikuma et sur le cuirassé Haruna. Le matin du 4 juin, l'avion de recherche n° 4 du Tone, piloté par le premier maître Yoji Amari, fut catapulté avec une demi-heure de retard (probablement à cause d'un problème de catapulte ou de moteur). Il finit par repérer la force navale américaine, mais ses premiers messages ne mentionnaient pas de porte-avions, et l'information parvint trop tard à l'amiral Nagumo, qui avait déjà ordonné de réarmer ses avions pour une seconde frappe sur Midway. Cette confusion est généralement considérée comme l'un des facteurs de la défaite japonaise, qui coûta quatre porte-avions à la Marine. Plus tard, un Jake du Chikuma suivit l'USS Yorktown pendant plusieurs heures, guidant les attaques lancées depuis le porte-avions Hiryu.
Guerre du Pacifique
Avec la montée en cadence de la production, l'E13A se répandit dans toute la flotte : vers le milieu de 1943, environ 250 exemplaires étaient embarqués sur des bâtiments de guerre, et bien d'autres opéraient depuis des bases côtières. Il fut engagé sur l'ensemble du théâtre du Pacifique : Indes néerlandaises, océan Indien, mer de Corail, Aléoutiennes, îles Salomon et Guadalcanal, Nouvelle-Guinée et Mariannes. Il servit également d'avion de reconnaissance catapultable à bord des cuirassés géants Yamato et Musashi. Outre la reconnaissance, il assura des patrouilles côtières et anti-sous-marines, l'escorte de convois, l'attaque de navires, des missions de liaison et de transport d'officiers, ainsi que le sauvetage d'équipages abattus en mer. Là où la chasse adverse était faible, il fut aussi employé comme bombardier léger, parfois de nuit, mais il était très vulnérable face aux chasseurs américains et nombre d'entre eux furent abattus par des appareils comme le Grumman F4F Wildcat. En fin de guerre, un Jake fut même crédité d'un combat contre un Boeing B-29 Superfortress.
À partir de 1944 apparurent de nouvelles versions équipées d'un radar, d'une radio améliorée, de cache-flammes pour le vol de nuit et, sur certains appareils, d'un canon de 20 mm tirant vers le bas destiné à la lutte contre les vedettes lance-torpilles américaines. Durant les derniers mois de la guerre, plusieurs E13A furent sacrifiés dans des attaques kamikazes contre les navires alliés.
Utilisateurs étrangers
Un E13A fut mis en œuvre par la Marine allemande depuis Penang, en Malaisie, aux côtés de deux Arado Ar 196 ; ces trois appareils formaient le Service spécial naval d'Asie orientale, qui soutenait les U-Boote du groupe Monsun opérant dans l'océan Indien ainsi que les opérations japonaises locales. Quelques exemplaires furent aussi livrés à la Marine royale thaïlandaise, qui les utilisa jusqu'à la fin des années 1940.
Après la capitulation japonaise, des appareils abandonnés furent repris par plusieurs pays. En Indochine, l'Aéronavale française récupéra plusieurs Jake (jusqu'à huit selon certaines sources), utilisés par la flottille 8S pendant la guerre d'Indochine jusqu'en 1947-1948. Un exemplaire (numéro de série 4326) remis aux forces néo-zélandaises à Jacquinot Bay, en Nouvelle-Bretagne, fut brièvement piloté par des aviateurs de la RNZAF avant de couler à son mouillage à la suite d'une voie d'eau dans un flotteur. Deux appareils capturés aux Indes néerlandaises furent expédiés aux Pays-Bas en 1946 et présentés au public, et des appareils de surplus ou abandonnés furent également utilisés par l'armée de l'air de l'Armée populaire de libération chinoise.
Aucun E13A ne subsiste en état de vol. De nombreuses épaves reposent sous l'eau dans tout le Pacifique et sont appréciées des plongeurs, notamment dans le lagon de Truk (Chuuk), à Palau, à Kavieng (Nouvelle-Irlande) et à Guam. Les restes d'un autre appareil gisent dans un hangar effondré de l'ancienne base d'hydravions de l'île de Langar, au large de Pohnpei (Micronésie).
L'exemplaire le plus complet est un E13A1 (numéro de série 4116), construit par Watanabe en novembre 1942, qui amerrit en catastrophe au large de Fukiage et fut repêché le 15 octobre 1992. Il est exposé au musée de la Paix Bansei Tokkô à Minamisatsuma (anciennement Kaseda, préfecture de Kagoshima), posé sur du sable pour évoquer le fond marin où il reposa près de cinquante ans. Une seconde cellule, très incomplète, repêchée dans la baie de Tokyo et dépourvue de moteur, d'empennage, de flotteurs et d'une aile, est conservée à Kakamigahara (préfecture de Gifu), près du musée aérospatial de Kakamigahara et de la base aérienne de Gifu.
Sources : Wikipédia (Aichi E13A, en/fr), History of War, Pacific Wrecks, US National Park Service (USS Arizona Memorial) ; René J. Francillon, Japanese Aircraft of the Pacific War, Putnam, 1979.
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